LIVRE XIX. 2y
péril. Il promit surtout tic solliciter les secours de 1401-1444 l’Europe ; et pour que les relations entre les Latins et les Grecs fussent plus fréquentes, le Saint-Siège ordonna à tous les maîtres des navires qui conduisaient les pèlerins à Jérusalem, d’entrer dans le Bosphore de Tlirace , et de s’arrêter au port de Bysance. Lorsque la réunion des deux croyances fut proclamée , tout l'Occident la regarda comme une victoire de l’église catholique. A Constantinople, les prélats et les docteurs que la Grèce avait envoyés au concile de Fcrrare , furent accablés de malédictions; et le peuple, ainsi que la plus grande partie du clergé , déplora la ruine et la honte de l’église grecque. Ainsi s’accomplit la prédiction de Manuel ; tous les efforts tentés pour réunir les opinions, ne servirent qu’à élever une nouvelle barrière entre les Grecs et les Latins.
Au concile de Ferrare et de Florence, les députés des Arméniens et des Maronites, des Jacobites d’Egypte et de Syrie, les Nestoriens et les Ethiopiens, se soumirent comme les Grecs à l’autorité pontificale, et sans doute aussi dans l’espérance d’être secourus par les Latins et délivres de la tyrannie des Musulmans. Cette démarche solennelle était moins une soumission au Saint-Siège qu’un hommage rendu à la bravoure des Francs, dans lesquels tous les chrétiens de l’Asie et de l’Afrique voyaient des libérateurs.
Le pape Eugène , fidèle à scs promesses, espérait que la réunion des deux églises et la prédication d’une croisade fixeraient sur lui les regards du
2()G histoire des croisades.
i4o2-i44{ monde chrétien et rendraient à l’autorité pontificale la confiance et la force que lui avaient fait perdre le schisme del’Occident et les décrets séditieux du concile de Bâle. Il écrivit à tous les princes de la chrétienté, les exhortant à se réunir pour arrêter enfin l’invasion des Musulmans. Eugène rappelait dans sa lettre tous les maux que souffraient les fidèles dans les pays soumis à la domination des barbares. « Les Turcs liaient avec des cordes des trou- » pes d’hommes et de femmes qu’ils traînaient à » leur suite. Tous les chrétiens qu’ils condamnaient » à la servitude , étaient confondus avec le plus vil » butin et vendus comme des bêtes de somme. » Leur barbarie séparait le fils de son père, le frère » de sa sœur, l’époux de son épouse. Ceux que » l’âge ou les infirmités empêchaient de marcher, » ils les tuaient sur les chemins, an milieu des » villes. L’enfance même n’excitait point leur pi- » tié ; ils mettaient à mort d’innocentes victimes » qui commençaient à peine la vie, et qui, ne con- »> naissant pas encore la crainte, souriaient .à leurs »> bourreaux en recevant le coup mortel. Chaque » famille chrétienne était condamnée à livrer ses » propres fils à l’empereur ottoman , comme on » avait vu autrefois le peuple d’Athènes envoyer » en tribut la fleur de sa jeunesse au monstre de » Crète. Partout où les Turcs avaient pénétré, les » campagnes étaient frappées de stérilité, les cités » étaient sans lois et sans industrie j la religion » chrétienne n’avait plus de prêtres ni d’autels ; » l’humanité, plus d’appui, plus d’asile. » Enfin le