LIVRE XIX
Le souverain pontife nomma pour légat auprès i4oa-i444 des croisés, le cardinal Julien (1), prélat d’un caractère intrépide, d’un génie ardent, s’armant tour-à-tour du glaive des combats et de celui de la parole, redoutable sur le ebamp de bataille comme * dans les luttes savantes de l’école. Après avoir obtenu la confiance du concile de Bâle, le cardinal Julien s’était distingué dans le concile de Florence, en défendant les dogmes de l’église latine.
Son éloquence avait soulevé l’Allemagne contre les liussiles; maintenant il brûlait de soulever toute la chrétienté contre les Turcs. L’armée, rassemblée sous les drapeaux de la croix , avait pour chefs Ilunniades (2) et Ladislas ; le premier, waivode de Transylvanie , était célèbre parmi les
(1) Le cardinal Julien Ccsarini descendait d’une famille noble de Rome. Il se montra, au concile de Bâle, zélé défenseur des libertés de l’Eglise; puis changeant tout-à-coup de parti, il se retira à Fcrrare, et s’y distingua par son érudition dans les débats des Grecs et des Latins.
(2) Hunniades , d’une origine obscure , s’éleva par son mérite au commandement des armées de Hongrie. Dans sa jeunesse, il fit les guerres d'Italie et s’y acquit une brillante renommée , sous le nom du chevalier blanc. Hunniades remporta trois victoires sur les Ottomans en défendant les frontières de la Hongrie. Il eut assez de crédit pour faire donner la couronne de ce pays à Ladislas do Pologne. Pour récompense de ce service important , il obtint le titre et l’oilicc de waivode de Transylvanie. Après la bataille do Varna, il fut uommé général et gouverneur de la liotigric.
3oo HISTOIRE DES CROISADES.
1402-1444 guerriers chrétiens, et l’épithète de brigand (i), que les Turcs ajoutaient à son nom , montre la haine et l’effroi qu’il inspirait aux infidèles. Ladislas réunissait sur sa tète les deux couronnes de Pologne et de Hongrie , et méritait , par les qualités brillantes de sa jeunesse, l’amour des Polonais et des Hongrois. Les croisés se rassemblèrent sur le Danube et reçurent bientôt le signal delà guerre. Les flottes du souverain pontife, de Venise, de Gènes, de la Flandre, croisaient dans l’IIellespont. Les habitans de la Moldavie , de la Servie et de la Grèce promettaient de se réunir à l’armée chrétienne ; le sultan de Caramanic, l’implacable ennemi des Ottomans, devait les attaquer en Asie. L’empereur grec, Jean Paléologue, annonçait de grands préparatifs, et se disposait à marchera la tète d’une armée au-devant de ses libérateurs.
Hunniades et Ladislas s’avancèrent jusqu’à Sophie, capitale des Bulgares. Deux batailles leur avaient ouvert les passages du Mont-Hémus et Je chemin de Bjsance. Les rigueurs de l’hiver arrêtèrent seules la marche victorieuse des guerriers chrétiens ; l’année des croisés revint dans la Hongrie attendre la saison favorable pour recommencer la guerre (2). Elle rentra en triomphe dans
(1) I, 'historien turc Coggia-cflendi , dont on trouvera l’extrait dans la Bibliothèque tics Croisades , 11c le nomme jamais que le maudit Ianko.
(a) L’historien Roniiui entre dans de longs details sur cette expédition et sur les deux batailles remportées par