LIVRE XIX. 3oi
Bude au milieu des acclamations d’un peuple immense. Le clergé célébra, par des cantiques et des actions de grâces, les premières victoires des chrétiens, et Ladislas se rendit, les pieds nus, dans l’église de Notre-Dame, où il suspendit aux voûtes du sanctuaire les enseignes prises sur les infidèles.
Avant que la guerre fût commencée, on avait persuadé aux guerriers musulmans que la destruction des chrétiens était écrite dans le livre des destinées. « Quand tous les ennemis du prophète, » disaient-ils entr’eux, seront détruits, chacun île » nous n’aura plus qu’à conduire sa charrue et à » regarder son cheval de bataille dans l’étable. » Cette opinion , enfantée par l’orgueil de la victoire , avait suffi pour ralentir le zèle des guerriers ottomans. La plupart d’entre eux étaient restés dans leurs foyers, tandis que les chrétiens marchaient vers Andrinople.
Quand la renommée vint leur apprendre les victoires des Francs sur le Danube , cette aveugle sécurité fit toul-à-coup place à la crainte. Le sultan Amurat envoya aussitôt des ambassadeurs pour solliciter la paix. L’histoire ne dit point quels moyens de séduction employèrent les envoyés ot-
les Hongrois que la rigueur de la saison et la difficulté des lieux forcèrent à revenir sur leurs pas. ( Decad . 3, liv. vi.) Coggia-eft’endi dit qu’IIunniades tua à la bataille de Sophie un nombre incalculable de filiales, et fit prisonniers plusieurs officiers distingues.
3oa histoire des croisades.
1 4 02- 1444 lomans auprès îles croisés victorieux ; mais on sait qu’ils parvinrent à faire écouter leurs propositions (1). La paix fut résolue dans le conseil des chefs de l’armée chrétienne. On jura d’un côté sur le Coran , de l’autre sur l’Evangile, une trêve de dix ans. Cette résolution inattendue irrita l’orgueil et le zèle du cardinal Julien , dont la mission était d’animer les chrétiens à la guerre. Lorsqu’il vit les chefs de la croisade se réunir pour la paix, il garda un morne silence , et refusa de signer un traité qu’il désapprouvait. L’inflexible légat attendit une occasion où il pût faire éclater son mécontentement et forcer les croisés à reprendre les armes. Cette occasion ne tarda pas à se présenter.
Ainurat , satisfait d’avoir rendu la paix à ses états et fatigué des grandeurs de la terre , avait renoncé à l’empire et s’était enseveli dans la retraite
(i) Suivant Bonfini, Amurat s’adressa d’abord au despote de Mysie, et le fit sonder sur les moyens de traiter de la paix. Le despote communiqua ses ouvertures à Hunniades qui , vu l'état de guerre intestine où étaient alors la Hongrie et la Pologne , y prêta aussi l’oreille. Amurat les voyant tous deux dans les mêmes dispositions, envoya des ambassadeurs au despote. Celui-ci avertit le roi Ladislas el le pria de venir avec ses troupes au lieu des conférences , afin d’obtenir de meilleures conditions. On disputa pendant quelques jours avec beaucoup d’opiniâtreté. A la fin on conclut une paix pour dix ans , en présence du cardinal Julien qui, bien que cette paix le contrariât, ne trouvait rien dans son esprit , dit l’historien , pour s’y opposer. ( Decad. 3 , liv. v. )