‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 149 sur 276 · LIVRE XIX. 3o · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. 3o

do Magnésie (i). Le sultan de Caramanie avertit i/Jo3-i444 les chrétiens que leur ennemi le plus redoutable avait perdu la raison , et venait d’échanger la couronne impériale contre le bonnet d’un cénobite.

Il ajoutait qu’Amurat avait laissé l’autorité suprême à un enfant ; et dans son message il comparait cet enfant à une jeune plante que le moindre vent pouvait déraciner. Le même sultan était si persuadé que l’empire ottoman touchait à sa décadence , qu’il allait entrer avec une armée dans l’Anatolie.

Dans le même temps, le bruit se répandit que l’empereur de Constantinople avançait vers la Thrace; que les Grecs du Péloponèse avaient pris les armes ; que les flottes des confédérés attendaient dans l’Hellespont le nouveau signal de la guerre. Une autre circonstance , non moins importante, paraissait propre à réveiller l’ardeur belliqueuse des croisés ; la victoire remportée près de

(i) L’historien Coggia-effendi rapporte le discours que tiut Amurat à son miuistre Khalii-Paclia, en lui confiant le dessein où il était de quitter le trône :

« Depuis long-temps, lui dit le sultan, le pied sans cesse » dans l’étrier, l’épée toujours hors du fourreau, je n’ai » cessé d’agir pour le bien de la religion ; il est temps que » je quitte l’empire et que j’aille dans la retraite m’entre- » tpnir avec le Tout-Puissant. Oui, je suis résolu de consa- » crer au repentir les instans qui me restent, et de poser » mes pieds sur le coussin du repos... Je ne veux plus son- » ger qu’à laver mes fautes dans les larmes de la componc- » lion, etc. » (Voyez dans la Dilliolh. des Croisades ce discours entier. )

3o4 HISTOIRE DES CROISADES.

1401-1444 Sophie, leur avait donné dans la Grèce un allié puissant. A cette bataille, le troisième des fils de Jean Castriot , qui commandait l’avant-garde de l’armée ottomane , abandonna tout-à-coup la religion et les drapeaux des Turcs, pour défendre dans l’Albanie le culte et l’héritage de ses ancêtres. Les messagers de Scandcrberg (i) annonçaient aux chefs de l’armée chrétienne qu'il était prêta la rejoindre à la tête de vingt mille Albanais, réunis sous l’étendard de la croix.

Toutes ces nouvelles arrivèrent à-la-fois et changèrent tout-à-coup la face des affaires et la disposition des esprits. Alors un nouveau conseil se rassemble j le cardinal Julien prend la parole au milieu des chefs, et leur reproche d’avoir trahi leur fortune et leur gloire (2); il leur reproche , sans

( 1 ^Scanderberg se nommait Georges Castriot; il était fils de Jean Castriot, prince d’Ëpire. Georges, livré dans son enfance au prince musulman avec ses trois frères, comme otage, fut circoncis et élevé dans la religion de Mahomet. Il annonça de bonne heure la vigueur et l’intrépidité d’un soldat; il gagna la faveur d’Àmurat II par ses exploits. Après la mort de son père, il obtint pour indemnité de l’Epire , qui fut réduite en province turque , le titre et le rang de Sangiac. Georges servit avec honneur dans les guerres d’Europe et d’Asie. S’il faut en croire son historien Marin Barleli , il médita long-temps le projet de rendre la liberté à l’Epire, % et de revendiquer ses droits à la principauté. Après sa défection, Scanderberg alla s’emparer de Croïa, et renonçant publiquement au prophète et au sultan , devint le vengeur de son pays et de sa famille.

(2) Les historiens Callimaque et Bonfini mettent chacun

Page 1