LIVRE XIX. 3o
ménagement, d’avoir signé une paix honteuse, sa- 1 444- 1 453 crilége , funeste à l’Europe , funeste à l’Église.
« Vous aviez juré, leur dit-il, de combattre les éternels ennemis de la chrétienté, et vous venez do jurer sur l’Évangile de déposer les armes. Auquel de ces deux sermens resterez-vous fidèles? Vous venez de conclure un traité avec les Musulmans ; mais n’avez-vous pas aussi des traités avec vos alliés ? Abandonnerez-vous ces alliés généreux , lorsqu’ils volent de toutes parts à votre secours et viennent partager les périls d’une guerre dans laquelle Dieu a protégé si visiblement vos premiers travaux?-
» Mais, que dis-je ? vous n’abandonnez pas seulement vos alliés , vous laissez sans appui et sans espérance cette foule de chrétiens que vous avez promis de délivrer d’un joug insupportable, et qui vont rester en proie à toutes les fureurs des Musulmans que vos victoires ont irrités. Les gémissemens de tant de victimes vous poursuivront dans votre retraite, et vous accuseront devant Dieu et devant les hommes.
» Vous fermez pour jamais aux phalanges chrétiennes les portes de l’Asie , et vous rendez aux
dans la bouche du cardinal Julien un discours dont l’éloquence consiste plus en sophismes qu’en raisonnemens solides. Les exemples que Bontini cite pour autoriser la violation de la trêve , font peu d’honneur au discernement et à la logique du cardinal Julien.
TOM. v. « ao
3oG HISTOIRE DES CROISADES.
i?h4-'453 Musulmans l’espoir qu’ils avaient perdu d’envahir les pays de la chrétienté. A quels intérêts, répondez-moi , avez-vous sacrifié votre propre gloire et le salut du monde chrétien? Ce que vous promet le sultan Amurat, la guerre ne vous l’avait-elle pas donné ? Ne vous aurait-elle pas donné davantage encore; et les gages obtenus par la victoire n'inspirent-ils pas plus de confiance que les promesses des infidèles ?
» Que dirai-je au souverain pontife qui m’a envoyé auprès de vous, non pour traiter avec les Musulmans, mais pour les repousser au-delà des mers? Que dirai-je à tous les pasteurs de l’Eglise chrétienne , à tous les fidèles de l’Occident qui sont maintenant en prières pour demander au ciel le succès de vos armes?
» Sans doute que les barbares que nous avons vaincus deux fois n’auraient jamais consenti à la paix , s’ils avaient eu les moyens de poursuivre la guerre. Croyez-vous qu’ils observeront les conditions du traité quand la fortune leur deviendra favorable? Non , les guerriers chrétiens ne peuvent rester liés par un pacte impie qui livre l’Église et l’Europe aux disciples de Mahomet. Apprenez, qu’il n’y a point de paix entre Dieu et ses ennemis, entre la vérité et le mensonge, entre le ciel et l’enfer. Je n’ai pas besoin de vous absoudre d’un serment évidemment contraire à la religion cl à la morale, à tout ce qui fait, parmi les hommes, la sainteté et la foi des promesses. Je vous exhorte doiiG , au itom de Dieu , au nom de l’É-