LIVRE XVII
dèrent Ja principauté d'Antioche, on s’afflige de voir 1268 le terme où vient d’ordinaire aboutir tout ce qu’a produit la gloire des conquérans. Lorsque d’un autre côté on voit une population nombreuse, enfermée dans des remparts, n’opposer aucune résistance à l’ennemi , et se laisser égorger sans défense, on se demande ce qu’était devenue la postérité de tant de braves guerriers qui avaient défendu Antioche pendant près de deux siècles contre toutes les puissances musulmanes.
Après avoir écrit au comte de Tripoli une lettre pleine de menaces, le sultan du Caire lui envoya «les députés , et se mêla lui-même à l’ambassade en qualité de héraut d’armes ; son projet était d’examiner les fortifications et les moyens de défense de Tripoli. Dans les conférences qui eurent lieu , les ambassadeurs musulmans n’ayant d’abord donné à Boliémond que le titre de comte, celui-ci réclama le titre de prince : la discussion s’échauffa ; les envoyés de Bibars tournèrent les yeux vers leur maître , qui leur fit signe de céder. Le sultan , revenu dans son armée, riait de cette aventure avec ses émirs , et leur disait : Voici le moment où Dieu maudira le prince et le comte. Cependant il conclut une trêve avec Tripoli, prévoyant qu’un traité de paix servirait à voiler le projet d’une autre guerre, et qu’il trouverait bientôt l’occasion de violer la trêve avec avantage.
Bibars , comme nous l’avons déjà dit , menaçait tous ses ennemis à-la-fois , et n’envoyait des ambassadeurs aux chrétiens que pour exprimer sa
i*i68 colère. Le roi de Chypre avait livre aux Tartares des députés musulmans tombés entre scs mains ; le sultan lui fit demander une réparation de cet outrage fait à l’islamisme. L’historien Mohi-eddin, qui faisait partie de l’ambassade, suivant les instructions du sultan , adressa au prince chrétien des paroles pleines de hauteur et de mépris. Le même historien ajoute : « Tout-à-coup, le prince me re- » garda avec colère, et me fit dire par l’interprète » de regarder derrière moi. Je tournai la tête, et » je vis sur la place toutes les troupes du roi ran- »> gées en bataille. L’interprète eut même soin de » me faire remarquer leur nombre et leur conte- » nance martiale. Alors je baissai les yeux, et lors- » qu’on m’eut promis de respecter mon caractère » de député, je dis au roi qu’il y avait en effet » beaucoup de soldats chrétiens sur la place, mais » qu’il y en avait encore plus dans les prisons du » Caire. À ces mots , le roi changea de couleur ; il » fil un signe de croix et remit l’audience à un » autre jour. »
Ainsi tous les chrétiens d’Orient tremblaient au seul nom de Bibars ; il s’occupait sans cesse des moyens d’attaquer et de réduire les villes qui lui restaient sur les côtes de la Syrie et de la Palestine. La destruction ou la conquête de Ptolémaïs était surtout l’objet de son ambition ; mais il hésitait à porter les derniers coups à cette puissance , si long-temps l’effroi des nations musulmanes. Il ne pouvait oublier que les dangers des chrétiens avaient souvent armé tout l’Oc-