LIVRE XIX
vangile, à reprendre les armes et à me suivre dans 1444-1453 le chemin du salut et de la gloire. »
La violence de ce discours avait sans doute pour excuse la défense de la chrétienlé ; mais l’histoire impartiale, quelles que soient les raisons qu’on pouvait alléguer, ne saurait approuver cet oubli manifeste de la foi des sermens (r). Les chefs de la croisade méritaient les reproches du légat apostolique, qui les accusait d’avoir fait une paix honteuse et funeste à l’Europe chrétienne ; mais ils méritèrent aussi les reproches de la postérité en violant les traités qu’ils venaient de conclure. Lorsque le cardinal Julien avait commencé à parler, les esprits étaient déjà ébranlés; lorsqu’il eut achevé son discours, l’ardeur guerrière qui l’animait s’empara de tous ses auditeurs et se manifesta par les signes bruyans d’une approbation générale. D’une voix unanime on jura de recommencer la guerre dans le lieu même où l’on venait de jurer la paix.
L’enthousiasme de la plupart des chefs était à son comble ; il leur permit à peine de voir qu’ils avaient perdu la moitié de leur armée. Un grand nombre de croisés venaient de quitter leurs drapeaux, les uns impatiens de retourner dans leurs foyers , la plupart mécontens d’un traité qui ren-
(i) L’annaliste Raynaldi , pour justifier Ladislas d’avoir recommencé la guerre, parle d’un traité par lequel ce prince s’était engagé avec celui de Caramanie à se secourir mutuellement si l’un ou l’autre était attaqué par Amura't. (Vc>y. Raynaldi, ad ann. 1 444- ) ... \
«444-i453 (lait leur bravoure et leurs exploits inutiles. Le prince de Servie, voisin des Turcs et redoutant leur vengeance , n’osa point courir les dangers d’une guerre nouvelle, et n’envoya point scs troupes à l’armée d’Hunniades et de Ladislas. On attendit vainement les renforts promis par Scanderberg, obligé de défendre l’Albanie. Il ne restait plus que vingt mille hommes sous l’étendard de la croix. Un chef des Valaqucs , en rejoignant les croisés avec sa cavalerie , ne put s’empêcher de témoigner sa surprise au roi de Hongrie, et lui dit (pic le sultan qu’on allait combattre se faisait souvent suivre à la chasse de plus d’esclaves que l’armée chrétienne n’ayait de combattans.
On conseilla aux principaux chefs d’attendre , pour commencer la guerre , l’arrivée de nou- , veaux croisés ou le retour de ceux qui étaient partis ; mais Ladislas, Ilunniades , surtout le cardinal Julien , étaient persuadés que Dieu protégeait les défenseurs de la croix , et que rien ne pouvait leur résister. Ils se mirent en marche , traversant les déserts de la Bulgarie, vinrent camper à Warna sur les côtes de la Mer-Noire (1).
Ce fut là que les croisés , au lieu de trouver la Hotte qui devait les seconder, apprirent qu’Amu-
(1) Warna était une ancienne colonie de Milésicns à 174° stades de l’embouchure du Danube , à ii/Jo de Bysancc, et » 36o au nord du promontoire du Mont-Hémus qui avance dans la mer, ( Voy. Arrien, pag. 24 et 25, t vol. des géographes de Hudson. )