LIVRE XIX. 3oq
rat, sorti de sa retraite de Magnésie, accourait \\\\ 1451 avec une armée de soixante mille comballans. A celle nouvelle s’évanouit la folle confiance que * leur avait donnée le cardinal Julien, et dans leur désespoir ils reprochèrent aux Grecs de les avoir trahis ou abandonnés; ils accusèrent les Génois, et le neveu du pape qui commandait la flotte chrétienne, d’avoir livré aux Turcs le passage de Gailipoli. Cette accusation se trouve répétée dans Imites les chroniques d’Occident; mais les historiens turcs n’en font aucune mention : ils disent au contraire qu’Amurat traversa l’Hellespont loin des lieux qu’occupait la flotte chrétienne , et que le grand-visir , qui l’attendait sur le rivage d’Europe , protégea , par une batterie de canons , le passage de l’armée ottomane. Aussitôt que les troupes d’Amurat, ajoute l’historien turc Coggiaclï’endi (1), eurent touché la terre, elles se mirent en prières pour remercier le Dieu de Mahomet, et le zt'phir de la victoire soujjla sur les drapeaux musulmans.
Le sultan poursuivit sa marche , jurant par les prophètes de l’islamisme de punir sur ses ennemis la violation des traités (a). S’il faut en croire quel—
(1) Il existe à la Bibliothèque du Roi, en manuscrit, une traduction de l’histoire turque de Coggia-eflendi , par Galland. On trouvera un extrait de cette histoire, que nous devons à M. Garcin de Tassi, dans la Bill, des Croisades.
(y.) L’historien Bonfini rapporte qu’Amurat, tirant de son. sein le traite de paix signe avec les chrétiens, le montra à scs troupes, et que s’adressant à J.-C. lui-même, il le
3io
i444-i/,53 qucs auteurs, l'empereur des Turcs supplia Jésus- Clmst lui-même de venger l’outrage fait à son nom par des guerriers parjures. A l’approche des Ottomans, Hunniades et le légat proposèrent la retraite; mais la retraite devenait impossible ; Ladislas résolut de mourir ou de vaincre. On livra la bataille (i) : ce fut alors, dit l’histoire ottomane, qu'il y eut un grand carnage , et quune infinité de vaillans hommes coururent h la vallée du néant par des tor~ rens de sang. Dès le commencement du combat , l'aile droite et l’aile gauche de l’armée turque furent ébranlées (2). Quelques auteurs disent qu’Ainurat eut alors la pensée de fuir, et qu'il fut arrêté par un janissaire qui le retint par la bride de son cheval ; d’autres célèbrent le courage inébranlable du sultan, et le comparent à un rocher qui résiste à tous les coups de la tempête. Coggia-eflendi , que nous avons déjà cité , ajoute que l’empereur ottoman adressa , sur le champ de bataille, une prière au dieu de Mahomet , et qu'il le conjura par ses
pria de venger la foi violéeet l’injure faite à son nom : IVunc Christe, si üeus es ut aiunt et nos hallucinaniur, tuas mens que injurias te quœso ulciscere ; et his qui sanclum luiim nomen nondum agnovére violâtes fidei pœnas ostende.
(1) Comparez le récit d’Æneas-Sylvius avec celui de Coggia-effendi.
(2) Hunniades ayant chargé avec beaucoup de vigueur Caraz, Beglierbey de l’Asie, le tua ; et cette mort causa un tel désordre dans l’aile gauche, que tous les Asiatiques prirent la fuite. ( Sagredo , Hist. de l’empire ottoman , loin, t, pag. 120.)