LIVRE XIX
et clans les éludes de la théologie. Quoique le i444-<453 cardinal Isidore emportât avec lui un trésor considérable et qu’il eût à sa suite quelques soldats italiens, son arrivée à Constantinople dut porter le découragement parmi les Grecs, qui attendaient d’autres secours, et semblaient avoir mis à plus haut prix leur soumission à l’Église de Rome.
.Les princes de la Morée et de l’Archipel , ceux de la Hongrie et de la Bulgarie, les uns, dans la crainte d’être eux-mêmes attaqués, les autres, retenus par l’indilFérence ou l’esprit de jalousie , refusèrent de prendre part à une guerre où la victoire allait décider de leur sort. Comme Gênes et Venise avaient des comptoirs et des établissemensde commerce à Constantinople , deux mille guerriers génois, cinq ou six cents Vénitiens, se présentèrent ' pour défendre la ville (1). On vit arriver aussi une troupe de Catalans, milice intrépide , tour-à-tour le fléau, et l’espoir delà Grèce, et que le seul amour de la guerre et du péril conduisait dans la ville impériale. Voilà tout ce qui devait représenter la belliqueuse Europe au siège de Bysancc.
A cette époque, plusieurs puissances chrétiennes se faisaient la guerre: le continuateur de Bâ-
ti) Ces auxiliaires e'taienl sous les ordres de Jusiiniani, noble Génois. On leur fil de grandes largesses, et on promit l’île de Lemnos à la valeur et à la victoire de leur chef. { Voyez Phrantza. ) L’hisloricn de Gènes, Hubert Folictti, dit que la république envoya en i45i , à Péra , une forte garnison composée de 3oo archers, 200 cuirassiers et 4 00 hommes couverts de casques.
444* <453 ronius remarque à ce sujet que les soldats qui périrent alors dans les combats livres au sein de la chrétienté , auraient suffi pour disperser les Turcs et les repousser jusqu’au fond de l’Asie. Au reste, si l’histoire , en cette occasion, accuse l'indifférence des peuples de l’Occident, que 11e doit-elle pas dire de celle des Grecs pour leur propre défense ? Les efforts de Constantin pour réunir les deux Eglises avaient affaibli la confiance et le zèle de ses sujets qui se prétendaient orthodoxes. Parmi les Grecs , les uns, pour ne rien devoir aux Latins , annonçaient que Dieu s’était chargé lui-mêine de sauver son peuple; et, sur la foi de quelques prophéties qu’ils avaient faites, ils attendaient dans l’inaction une délivrance miraculeuse. D’autres, plus sombres dans leurs rêveries scholastiques , ne voulaient point que Constantinople fût sauvée , parce qu’ils avaient prédit que l’cjnpire devait périr pour expier le crime de la réunion : toute espérance d’une victoire avait à leurs yeux quelque chose d’impie et de contraire aux volontés du ciel. Lorsque l’empereur parlait des moyens de salut qui restaient encore et de la nécessité de prendre les armes, ces docteurs atrabilaires s’éloignaient avec une sorte d’horreur, et la multitude qu’ils avaient égarée, courait auprès du moine Genadius(i) qui, du fond de sa cellule,
(1) Genadius portait le nom de Scholarius avant de se faire moine; il avait défendu à Florence celle union des * deux Églises, qu’il attaqua avec fureur à Constantinople. Il