‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 158 sur 276 · LIVRE XIX. 3. y · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. 3. y

criait sans cesse au peuple qu’il n’y avait plus rien à faire et que tout était perdu.

Une des grandes calamités de l’esprit de parti ou . de l’esprit de secte, c’est de rendre ceux qu’il égare iudifférens au sort de la société où ils vivent, et de rompre les liens qui les attachent à la famille et à la patrie. Quoi de plus affligeant que de voir des hommes qui se passionnent pour des mots, qu’un orgueil opiniâtre attache à de vaines subtilités, et pour lesquels la chute du monde serait un spectacle moins douloureux que le triomphe d’une opinion qu’ils repoussent ou d’un adversaire qu’ils ont combattu. A la veille des plus grands périls, Constantinople était remplie de gens auxquels la haine des Latins faisait oublier l’approche et les menaces des Turcs. Le grand duc Notarasalla jusqu’à dire qu’il aimait mieux voir dans Bysance le turban de Mahomet que la ihiare du pontife de Rome.

Il n’est pas inutile de rappeler ici que dans tous ccs débats il n’était point question des vérités

exposa sur la porte de sa cellule une tablette où on lisait ccs terribles paroles : « Mise'rables Romains ! vous abandon- » nez donc la vérité? au lieu de mettre votre confiance en » llieu , pourquoi comptez-vous sur les Italiens ? en per- » dant votre foi, vous perdrez votre ville. Seigneur, ayez » pitié de moi I je proteste en votre présence que je n’ai « point de part à ce crime. Misérables Romains ! faites vos » réflexions, arrêtez-vous et montrez du repentir; au mo- » ment où vous renoncerez à la religion de vos pères , en » vous liguant avec l’impiété-, vous vous soumettrez à une » servitude étrangère. » Gcnadius fut fait patriarche de Constantinople après la prise de celte ville.

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i444-i433 du christianisme , mais seulement de quelques points de la discipline ecclésiastique: célébrer la • messe en langue latine, consacrer du pain sans levain, mêler de l’eau froide dans le calice , communiquer avec les azymites, voilà ce qu’il fallait haïr , ce qu'il fallait craindre plus que l’islamisme. Tels étaient les motifs pour lesquels les Grecs repoussaient les Francs, leurs alliés naturels, s’accablaient entre eux d’anatlièmes , invoquaient les malédictions du ciel sur leur propre ville.

Au milieu de ces déplorables disputes on n’entendait plus la voix du patriotisme et de l’humanité, et l’indifférence, l’égoïsme, les craintes pusillanimes pouvaient se cacher sous Fapparence respectable de la religion et de l’orthodoxie. Une grande partie de la population de Constantinople avait abandonné la ville ; parmi ceux qui étaient restés , les plus riches avaient enfoui leurs trésors qu’ils auraient pu employer pour leur défense, et qu’ils perdirent bientôt avec la liberté et la vie. La ville impériale ne trouva dans son sein que quatre mille neuf cent soixante et dix défenseurs (1) , et l’empereur fut obligé de dépouiller

(1) D’aprcsuin ordre de l’empereur, on avait recherché quel nombre de citoyens et de moines pourrait ou voudrait prendre les armes. La liste fut remise à Phranlza , qui était protovestiaire ou grand chambellan de l’empereur. Phrantza , plein d’etonnement et de douleur , avertit son maître que la nation ne pouvait compter que sur quatre mille neuf cent soixante-dix Romains. Constantin et son ministre gardèrent ce triste secret.

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