LIVRE XIX. 3a i
les églises pour Fournir à leur entretien. Ainsi huit 14 53 à neuf mille combattans formaient toute la garnison de Bysance et la dernière espérance de l’empire d’Orient.
Mahomet avait achevé ses immenses préparatifs. Comme la conquête de Bysance et le pillage de Constantinople étaient la plus riche récompense qu’on pût offrir à la valeur des Ottomans, tous les soldats se trouvaient en quelque sorte associés à l’ambition de leur chef. On vit alors se renouveler parmi les Musulmans l’ardeur et le fanatisme belliqueux des compagnons d’Omar et des premiers champions de l’islamisme. De toutes les régions qui s’étendent depuis la chaîne du Taurus jusqu’aux rives de l’Èbre et du Danube, accourut une foule de guerriers attirés à l’armée du sultan par l’espoir du butin ou le désir de se distinguer dans une guerre religieuse et nationale (x). Pour faire connaître à-la-fois la décadence et la faiblesse des Grecs, la force et la puissance des Ottomans, il suffirait de dire que Constantinople, que tout ce qui restait du territoire de l’empire, renfermait alors moins d’habitans que Mahomet ne comptait de soldats sous ses drapeaux.
L’armée ottomane partit d’Andrinople au commencement de mars. A l’approche de celte ter-
(i) Ducas , Clialcondyles et Léonard de Chio, portent à trois ou quatre cent mille hommes l’armée du sultan; mais l’hrantza , qui était plus près, et qui observa mieux, u* y compte que deux cent cinquante-huit mille homme».
3a* HISTOIRE DES CROISADES.
i453 rible guerre , les Turcs ne pouvaient contenir leur joie , et leur historien , pour exprimer l’ivresse qu’il ressent lui-même, s’arrête ici à décrire les beaux jours du printemps. « La rose, dit-il, sem- » blable à l’agaçante beauté , faisait entrevoir ses » charmes ; l’amoureux rossignol commençait à » faire entendre ses chants mélancoliques ; les » prairies et les collines, couvertes de fleurs et de » verdure, semblaient attendre les légions de IV- » (jiiitable sultan (1). » Le 6 avril , Mahomet avait planté son pavillon devant la porte St. -Romain. On donna bientôt , de part et d’autre , le signal des combats. Dés les premiers jours du siège, les Grecs et les Turcs déployèrent tout ce que l’art de la guerre avait inventé ou perfectionné chez les anciens et chez les modernes. Parmi ses formidables préparatifs, Mahomet n’avait point négligé l’artillerie, dont l’usage se répandait en Occident. Une des pièces de canon fondues sous ses yeux à Andrinople (a) , avait des proportions si gigantes-
(1) La description de Coggia-eftendi est beaucoup plus longue; on peut la lire avec tous ses details dans la traduction fidèle qu’en a faite M. Garcin de Tassi. ( Voy. les Extraits des historiens turcs, Bibliotli. des Crois., tom. 11.)
(2) Ce fut un ouvrier du Danemarck ou de la Hongrie, nommé Urbain , qui fondit cet énorme canon de bronze. J.e calibre avait, dit-on, douze palmes et lançait un boulet de pierre qui pesait plus de six quintaux. Quand on en fit l’essai, l’explosion se fit sentir cent stades à la ronde. La portée du boulet fut de plus d’un mille , et il s’enfonça