‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 160 sur 276 · LIVRE XIX. 3a · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. 3a

ques, que trois cents bœufs la traînaient avec peine, i/j53 et qu’elle lançait un boulet de six ou sept quintaux à une distance de plus de six cents toises. Tous les historiens du temps parlent de ce formidable appareil de guerre ; mais ils ne disent presque rien de l’effet qu’il produisit sur le cliamp de bataille.

En examinant avec soin le récit des contemporains , et surtout la description qu’ils nous ont laissée de ces énormes machines de bronze qu’on avait tant de peine à faire mouvoir, on reste persuadé qu’au siège de Bysance l’artillerie ottomane inspira plus d’effroi et de surprise qu’elle ne causa de ravage. Les Turcs mirent peu d’adresse et de zèle à seconder les ingénieurs et les artilleurs francs que Mahomet avait pris à son service; et ce fut un grand bonheur pour la chrétienté qu’une découverte si funeste ne se perfectionnât pas dèslors entre les mains des barbares , à qui l’Europe 11'aurait pu résister s’ils avaient réuni cette force nouvelle aux avantages qu’ils avaient déjà dans la guerre.

Les Turcs employèrent avec plus de succès d’autres armes et d’autres moyens d’attaque , tels que les mines creusées sous les remparts , les tours roulantes qu’on approchait des murailles, les beliers qui ébranlaient les murs , les ballistes qui lançaient des poutres et des pierres , enfin les

d’une brasse sur le terrain où il tomba. ( Voy. Leonard de Chio , déjà cite.) Coggia-eflùndi dit que la bombarde ou canon pesait 38o quintaux.

Sa* HISTOIRE DES CROISADES.

î453 flèches , les javelols , et meme le feu grégeois qui rivalisait encore avec la poudre, et que celle-ci «levait bientôt faire oublier (1).

Toits ces moyens de destruction étaient employés à-la-fois , et les attaques se renouvelaient sans cesse. Les assiégés manquaient de bras pour se servir de toutes leurs machines de guerre ; et lorsqu’on songe au petit nombre des défenseurs de Constantinople, on s’étonne qu’ils aient pu résister pendant plus de cinquante jours à l'innombrable multitude des Ottomans. Celte généreuse milice occupait une ligne de plus d'une lieue, repoussant nuit et jour les assauts de l’ennemi , réparant les brèches des murailles, faisant des sorties; elle se montrait partout en meme temps et suffisait à tout, animée par la présence de ses chefs (2) , et surtout par l’exemple de Constantin. Plusieurs fois la fortune favorisa les eflorls de celte troupe héroïque , et mêla quelques lueurs

(1) On peut consulter sur le siège et la prise de Constantinople les historiens grecs, Ducas, Pliranlza, Chalcondylcs, Léonard de Cliio et Spoudanus , ad ann. 1 4 53. Bonfini ne donne presqu’aucun détail sur ce grand événement.

(2) On lit dans Léonard de Cliio un passage important et curieux sur les moyens de défense des assiégés : At in 1 lies docliores nostri facti , paravere conlra hosles machinamenta , quæ tamen avéré debentur. Putois erat nitrî modica , exigua ; tela tnodica ; bombardœ si aderent 1/1commoditate loci prinium hostes offenderc maceriebus alvcisque tectos non polerant. Nam si quæ magna - erant , ne munis coneuleretur noster, quiesccbant.

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