LIVRE XVII
rident (1), et cette seule pensée le retenait dans 12GS l’inaction et dans la crainte. Ainsi les tristes débris des colonies chrétiennes en Asie, étaient encore défendus par la réputation guerrière des peuples de l’Europe , et par le souvenir des premières croisades.
La renommée avait porté au-delà des mers la nouvelle de tant de désastres. L’archevêque de Tyr, les grands-maîtres du Temple et de l’Hôpital, étaient venus en Occident faire entendre les gémissemens des villes chrétiennes de la Syrie; mais à leur arrivée , l’Europe paraissait peu disposée à écouter leurs plaintes (2). En vain on prêcha une croisade en Allemagne, en Pologne, et dans les contrées les plus reculées du Nord; les liabitans du nord de l’Europe ne montrèrent que de l’indifférence pour desévénemens qui se passaient si loin d’eux. Le roi de Bohême, le marquis de Bran dé-
fi) Bibars redoutait les princes de l’Occident et leur envoyait fréquemment des ambassades. 11 avait envoyé à Mainfroi plusieurs députés avec des présens ; parmi ces présens se trouvaient une girafe et plusieurs chevaux mogols; il envoya aussi des députés et des présens à Charles d’Anjou , au roi d’Aragon , etc. (Voyez les Extraits des auteurs arabes , dans les années du règue de Bibars. )
(2) Dans l’année même où la ville d’Antioche tomba au pouvoir des Musulmans, le pape Clément exhorta les rois 'de Castille, d’Aragon et de Portugal, à s’armer pour la défense des saints lieux. Il accorda des indulgences, des décimes et d’autres secours. (Voyez le continuateur de Mathieu Paris et Mathieu de Westminster, ad ann. 1 j.08 et 1 iG<j. )
1268 bourg, et quelques seigneurs qui avaient pris la croix , ne s’empressèrent point d’accomplir leur serment. Aucune armée ne se mettait en marche ; tout se réduisait à des prédications et à de vains préparatifs.
Dans le royaume de France , les orateurs sacrés avaient déploré les malheurs de la Terre-Sainte , sans réveiller dans les cœurs le zèle et l’enthousiasme des croisades. La poésie s’était réunie à l’éloquence sacrée , et l’esprit des fidèles ne se laissait pas plus entraîner par les chants des poètes que par les exhortations des pasteurs de l’Eglise. Dans un sirvente qui nous est resté, un troubadour contemporain semblait reprocher à la Providence les défaites des chrétiens de la Palestine, et s’abandonnait, dans son délire poétique, à un désespoir qui ressemblerait aujourd’hui à de l’impiété : « La » tristesse et la douleur, s’écriait-il, se sont einpa- » réesde mon âme , tellement qu’il s’en faut de peu » que je n’en meure sur-le-champ ; car la croix » est abattue ; la croix, la foi, ne nous protègent » plus, ne nous guident plus contrôles Turcs que » Dieu maudisse j mais ne pourrait-on pas croire , » autant que V homme peut en juger, que Dieu » pour notre perte protège ce peuple iiifidèle.
» Et ne pensez pas que jamais l’ennemi s’arrête » après de tels triomphes ; au contraire, il a pu- » bliquement annoncé qu’il ne restera plus eu » Syrie un seul homme qui croie en Jésus-Christ^ » que même le temple de Sainte-Marie sera conv vcrli en mosquée. Puisque te fils de Marie, que