‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 161 sur 276 · LIVRE XIX. 3rî · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. 3rî

d’espérance au sentiment de tristesse et d'ciïroi t qui régnait dans Constantinople.

Les assiégés conservaient un avantage; la ville était inaccessible vers la Propontide cl du côté du port. Maliomet avait rassemblé dans le canal de la mer Noire une flotte nombreuse; mais cette flotte ne servait qu’au transport des vivres et des munitions de guerre. La marine ottomane ne pouvait le disputer à la marine des Grecs, surtout à celle des- Francs ; et les Turcs convenaient eux -mêmes qu’ils devaient céder l’empire de la mer aux peuples chrétiens.

Vers le milieu du siège , on vit entrer dans le canal cinq vaisseaux venus des côtes de l’Italie et de la Grèce. Aussitôt toute la flotte ottomane (i) s’ébranle et s’avance à leur rencontre ; elle les environne, les attaque à plusieurs reprises pour s’en emparer ou les arrêter dans leur marche. Mahomet, sur la grève, animait les combattans du geste et de la voix. Quand les Ottomans sont prêts

(i) L’escadre turque, placée à l’embouchure du Bosphore , s’étendait d’un rivage à l’autre en forme de croissant;, elle était composée de trois cents navires ; mais si l’on en excepte dix-liuit galères d’une certaine force, le reste de l’escadre e'tait formé de bateaux ouverts, grossièrement construits , et qu’on faisait mouvoir avec une grande maladresse. Ils étaient remplis de soldats sans expérience. Les. cinq vaisseaux chrétiens, au contraire, étaient gouvernés par d’habiles pilotes , et remplis des vétérans de l’Italie et de la Grèce, qui avaient une longue habitude de la mer., f Voy. l’historien Lucas. )

3af> HISTOIRE DES CROISADES.

i453 à succomber, il ne peut retenir sa colère ; poussant son cheval dans la mer , il semble menacer les élémens, et, comme un roi barbare de l’antiquité, accuser les flots de méconnaître sa volonté suprême. D’un autre côté, les Grecs, rassemblés sur les remparts de la ville , attendaient avec inquiétude l’issue du combat. Enfin , après un choc opiniâtre et sanglant, tous les navires des Turcs sont dispersés , jetés sur le rivage ; et la flotte chrétienne, chargée de vivres et de soldats , arrive en triomphe dans le port de Constantinople. ;.

Cette victoire , remportée par les Francs , nous montre combien il était facile aux peuples maritimes de l’Europe de secourir et de sauver Bysance. Les Musulmans , effrayés de leur défaite , perdi- ; rent un moment l’espoir de vaincre les chrétiens j et pour relever leur courage abattu , le corps des ulémas eut besoin de leur rappeler les promesses du t Coran (1). Cependant Mahomet brûlait de venger l’outrage fait à ses armes; il résolut de tenter un dernier effort pour se rendre maître du port de

(1) Coggia-effendi parle de l’arrivée de ces vaisseaux chrétiens ; il ajoute que celte victoire des Francs porta la joie dans la ville et l’effroi parmi les assiégeans. « Les chrétiens , dit-il , semblables à la tortue qui sort de ses écailles,;, montrèrent la tête au-dehors des remparts, et se mirent à vomir des menaces contre les Musulmans. Ceux-ci furent tellement découragés, qu’on parla de la paix; mais les ulémas et les scheiks déterminèrent Mahomet II à poursuivre la guerre. »

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