‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 165 sur 276 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

Des que la nuit commença à couvrir la terre, l’or- i tire fut donné à tous les guerriers musulmans d’attacher des flambeaux allumés au bout de leurs lances. Ainsi les assiégeans devaient être toujours prêts à livrer un assaut , et les assiégés ne devaient pas avoir un seul moment de sécurité. Cette multitude de flambeaux éclairait au loin l’horizon , et les rivages de la mer (ce sont les expressions d’un historien turc ) ressemblaient à un champ couvert de roses et de tulipes. L’empereur ottoman parut alors au milieu de son armée , promit de nouveau à ses soldats le pillage de Bysance, et , pour rendre sa parole plus solennelle , il jura par l'âme d’ A murât, par quatre mille prophètes, par ses en fans , enfin par son cimeterre. Toute l’armée fit éclater sa joie et répéta, à plusieurs reprises, cette acclamation : Dieu est Dieu , et Mahomet est l’envoyé de Dieu. Quand cette cérémonie guerrière fut achevée, le sultan ordonna, sous peine de mort, qu’on gardât dans tout le camp un profond silence. Dès-lors on n’entendit plus autour de Constantinople que le tumulte confus d’une armée où tout était en mouvement pour les apprêts d’un combat terrible et décisif.

Dans la ville, la garnison veillait sur les remparts et suivait avec inquiétude les mouvemens de l’armée ottomane. On avait entendu avec effroi les acclamations bruyantes des Turcs; le silence qui tout-à-coup les avait suivies , redoublait la terreur. Les lueurs des feux ennemis se réfléchissaient sur le sommet des tours , sur les dômes des églises ,

i453 et rendaient plus effrayante l’obscurité qui couvrait la ville. Constantinople , où tous les travaux de l’industrie, où tous les soins ordinaires de la vie avaient été interrompus , était plongée dans un calme profond, sans que personney connût le repos , ni le sommeil ; elle présentait l’aspect lugubre d’une cité qu’un grand fléau avait rendue déserte. Seulement on entendait autour des temples quelques sons plaintifs et la voix de la prière qui implorait la miséricorde du ciel.

Constantin rassembla les principaux chefs de la garnison pour délibérer sur les dangers qui menaçaient l’empire. Dans un discours pathétique il chercha à ranimer le courage et l’espoir de ses compagnons d’armes; parlant aux Grecs de la patrie, aux auxiliaires latins de la religion et de l’humanité , il les exhorta à la patience et surtout à la concorde (1). Les guerriers qui assistaient à

(1) Plirantza , qui assista à cette triste assemblée, la décrit d’une manière pathétique : « Les guerriers, armés du » courage du désespoir, versèrent des larmes et s’embras- » sèrent; malgré leurs familles et leurs richesses, ils se » dévouèrent à la mort. Chacun des chefs se rendit à son » poste et passa la nuit à faire sur le rempart une garde » vigilante. »

Plirantza et Léonard de Chio mettent tous deux dans la bouche de l’empereur un discouis différent. Celui que lui attribue Léonard montre plus d’égards pour les Latins qui servaient d’auxiliaires. Le discours que Phrantza rapporte a plutôt l’air d’un sermon que d’une harangue digne du prince et de la circonstance.

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