‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 166 sur 276 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

ce dernier conseil écoulèrent l’empereur dans un i inorne silence ; ils n’osaient s’interroger les uns les autres sur des moyens de défense que tous jugeaient inutiles. Ils s’embrassèrent en pleurant et retournèrent sur les remparts , remplis des plus tristes pensées.

L’empereur entra dans l’église de Ste.-Sopliie , où il reçut le sacrement de la communion; la tristesse qu’on remarquait sur son visage , la pieuse humilité avec laquelle il sollicitait l’oubli de ses torts, le pardon de ses fautes, les paroles touchantes qu’il adressa au peuple et qui ressemblaient à d’éternels adieux , durent redoubler la consternation générale. Enfin se leva le dernier jour de l’empire romain : c’était, le 29 mai; les trompettes et les tambours se firent entendre dans le camp des Turcs ; la multitude des soldats musulmans se précipite vers les murailles de la ville. L’assaut est livré à-la-fois du coté du port et vers la porte St. -Romain. Dans le premier choc , les assaillans trouvent partout une vive résistance; les Catalans, les Génois montrèrent tout ce que peut le courage des Francs. Paléologue combattait à la tête des Grecs, et la seule vue de la bannière impériale remplissait de crainte les guerriers ottomans. Trois cents archers, venus de l’ile de Crète , soutinrent glorieusement l’ancienne renommée des Crétois , par leur valeur et par leur adresse à lancer des flèches. Dans cette brave milice il est juste de distinguer le cardinal Isidore, qui îivait fait réparera ses frais les fortifications qu’il était chargé de dé-

3v.r> HISTOIRE DES CROISADES.

1453 fendre, et qui combattit jusqu’à la fin du siège, a la tête des soldats qu’il avait amenés d’Italie. L’histoire doit aussi des éloges aux moines de St.- Basile, qui avaient sans doute adopté le parti de l’union , et dont la valeur et la mort glorieuse expièrent l’aveugle et fatale obstination du clergé de Bysance.

L’historien Phrantza compare les rangs pressés des Musulmans à une corde serrée et tendue qui aurait entouré la ville (1). Les tours qui défendaient la porte St. -Romain s’étaient écroulées sous les coups du belier et les décharges de l’artillerie ottomane (2). Les murs extérieurs avaient été emportés ; les morts et les blessés , confondus avec les ruines, avaient comblé les fossés. Sur cet horrible champ de bataille, les défenseurs de Bysance combattaient toujours -, rien ne pouvait lasser leur constance, ni ébranler leur courage.

Ap rès deux heures d’un choc effroyable , Mahomet s’avance avec l’élite de ses troupes et dix mille janissaires. Il paraissait au milieu d’eux une massue à la main , semblable à l’ange de la destruc-

(1) Ducas dit que deux cent cinquante mille Turcs prirent part à l’assaut ge'ne'ral. 11 ne comprend pas dans ce nombre les dix mille gardes , les matelots et les soldats de marine.

(2) Coggia-eflendi parle ainsi des brèches faites aux murailles de la ville : « Les remparts de Constantinople, semblables au cœur (T un amant malheureux , furent percés en mille endroits. »

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