LIVRE XIX
tionj ses regards menaçans animaient l’ardeur des 1433 soldats ; il leur montrait du geste les lieux qu’il fallait attaquer. Derrière les bataillons qu’il conduisait , une troupe de ces hommes que le despotisme charge d’exécuter ses vengeances, punissait ou contenait ceux qui voulaieut fuir et les forçait de courir au carnage. La poussière qui s’élevait sous les pas des combatlans, la fumée de l’artillerie, couvraient l’armée et la ville. Le bruit des tambours et des clairons, le fracas des ruines, l’explosion du canon, le choc des armes, 11e permettaient plus d entendre la voix des chefs; les janissaires combattaient en désordre , et Constantin , qui l’avait remarqué, exhortait ses soldats à faire un dernier effort, lorsque le sort du combat changea tout-àcoup. Jusliuiani ayant été atteint d’une flèche, la douleur que lui causa sa blessure lui fit abandonner le champ de bataille (1). Les Génois et la
(1) L’historien turc Coggia raconte ainsi la blessure de Justiniani. « Le general des Francs, plein de malice , monta sur les remparts, afin de repousser les cohortes de la foi. Au moment même, un jeune Musulman, se tenant à la corde de la ferme résolution , s’élança comme une araignée sur les murs de la place; et ayant allongé de bas en haut son épée, fit envoler d’un seul coup Y âme de cet infidèle , comme on chasse le hibou du sein d’une ruine. A celte vue,, les Francs se précipitèrent dans le chemin de la fuite, etc. » On voit que ce récit n’est pas conforme à celui des historiens grecs et latins qui nous paraissent ici plus dignes de foi. Phrantza censure avec amertume l’évasion de Justiniani; Ducas en parle avec plus de modération; Léonard de Chio
«453 plupart des auxiliaires latins suivirent son exemple. Les Grecs, restes seuls, sont bientôt accablés par le nombre; les Turcs franchissent les remparts, s’emparent des tours, brisent les portes. Constantin combattait encore; mais bientôt percé de coups (i), il tombe dans la foule des morls, et Constantinople reste sans chefs et sans défenseurs.
Quel spectacle que celui d’un empire qui n’a plus qu’un moment d’existence et qui va finir au milieu des fureurs de la guerre et sous le glaive des barbares ! Tout-à-coup la société n’a point de liens qui ne se brisent; la religion, la patrie, la nature, n’ont plus de lois qu’on puisse invoquer; la sagesse et l’expérience ne donnent plus que des conseils inutiles. Tout ce que la vertu , le gé-
s’élève avec indignation contre ce général: l’historien Folietta dit qu’une blessure grave le força de se retirer du combat.
(i) Coggia-cffendi raconte ainsi les derniers momens de Constantin : « Le prince grec rencontrant des Musulmans occupés de pillage, en tua plusieurs. L’un de ces Musulmans, noyé dans son sang, et vivant encore, se relève tontà-coup, animé par le -désespoir ; il précipite l’ennemi de l’islamisme de dessus sa selle dorée , le renverse sur la terre noire, et fuil pleuvoir sur sa tete les fourmis de son cimeterre guerrier. Ceux qui accompagnaient l’empereur s’enfuirent, aucun d’eux ne resta dans le lieu du combat. »
Ducas.dit que l’empereur fut tué par deux soldats turcs; et Chalcondyles , qu’il fut blessé à l’épaule et ensuite écrasé sous la porte de la ville. Plirantza , entraîné par son désespoir, se précipita au milieu des Turcs, et ne fut pas témoin de la mort de Constantin.