‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 169 sur 276 · LIVRE XIX. 34i · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. 34i

sort de cette ville , que de fréquentes révolutions avaient couverte de ruines, et qui devint enfin le jouet et la proie d’un peuple qu’elle avait longtemps méprisé. Si quelque chose peut consoler y au milieu de tarit de scènes déchirantes , c’est la vertu de Constantin, qui 11e voulut point survivre à sa patrie , et dont la mort fut la dernière gloire de l’empire d’Orient.

Lorsqu’on voit la faiblesse de l’empire grec et la puissance de ses ennemis, on s’étonne qu’il ait résisté si long-temps. Les Ottomans avaient toutes les passions qui favorisent la conquête ; les Grecs 11’avaient aucune des qualités qui servent à la défense : pour s’en convaincre on n’a qu’à voir agir les deux peuples. Lorsque Mahomet eut annoncé son entreprise , les Ottomans accoururent en armes de toutes les parties de son empire ; tandi ; qu’à la première nouvelle du siège , une grande partie de la population de Constantinople avait déserté la ville. On a vu que les derviches encourageaient les soldats musulmans , et leur présentaient la guerre contre les Grecs comme une guerre sainte. Les prêtres grecs, au contraire, décourageaient les défenseurs de Bysance , et peu s’en fallait qu’ils ne regardassent la résistance de Constantin comme une action sacrilège. Au milieu des assauts livrés à la ville impériale, les soldats turcs, pour combler les fossés, y jetaient

pays , ainsi conquis , ouvrit la serrure de bien des choses difficiles. »

1 453 leurs tentes et leurs bagages , préférant la victoire à tout ce qu’ils possédaient. On sait que dans le même temps , les plus riches des Grecs s’occupaient d’enfouir leurs richesses, préférant leurs trésors à la patrie (1). Nous pourrions ajouter d’autres traits remarquables ; mais ceux-ci montrent assez de quel côté était la force. Ce qui devait surtout faire présager la ruine de Bysance y c’est le peu de confiance que les Grecs avaient dans la durée de leur empire. Jamais les anciens Bomains ne montrèrent plus la puissance et l’ascendant de leur patriotisme, qu’en appelant Rome : la ville éternelle. Constantinople vit diminuer le nombre et s’affaiblir le courage de ses défenseurs , en proportion de la facilité avec laquelle s’accréditaient, parmi le peuple, des prédictions sinistres sur sa ruine prochaine.

Lorsque Bysance , au commencement du xme. siècle , tomba sous les coups des Latins, l’empire avait encore de grands moyens de défense, et cependant vingt mille croisés en firent la conquête ; ce qui met la valeur des Francs bien au-dessus de celle des Turcs. Ce serait peut-être ici le lieu d’examiner quelle fut l’influence des croisades sur

(1) Phrantza rapporte que le grand duc Lucas Notaras ayant présente à Mahomet un riche trésor qu’il avait conservé pour adoucir f humeur de ce prince, le sultan lui reprocha en termes très durs de n’avoir pas fait usage de ces. îichesses pour secourir sou empereur, son maîlro , sa villvet sa patrie. (Liv. ni, ch. t8.)

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