LIVRE XIX
les destinées de l’empire d’Orient. Dans la pre- 1 453 mière expédition des Latins , l’Asie mineure se trouva délivrée des Turcs, qui étaient déjà maîtres de Nicée et qui menaçaient Constantinople ; mais les croisés vendirent trop chèrement leurs services: d’une part la violence , de l'autre la perfidie , troublèrent l’harmonie qüi aurait dù subsister entre les Grecs et les Latins. Enfin la prise de Constantinople par les Francs porta un coup mortel à l’empire de Bysance (1). Au milieu de la guerre , le schisme s’accrut par la haine, et le schisme à son tour entretint et redoubla la haine réciproque. Cette division favorisa les progrès des Turcs et leur ouvrit les portes de Constantinople.
Les barbares qui renversèrent l’empire d’Occideut , avaient adopté la religion et les mœurs des peuples vaincus ; ce qui fit disparaître peu à peu les traces de l’invasion et de la conquête. Les Turcs , au contraire, voulaient faire triompher le Coran; ils voulaient établir leurs lois et leurs usages dans tous les lieux où ils portaient leurs armes.
Dès qu’ils furent les maîtres de Bysance , la religion , les mœurs , le langage , les souvenirs de la Grèce , le nom même de la ville conquise , tout fut détruit , tout fut changé. Comme la capitale qu’ils venaient de conquérir était pour les infidèles la
(1) Les Latins, «lit Gibbon, n’avaient renverse que son empire (de Constantinople) ; mais les Musulmans vainqueurs renversèrent sa religion.
i453 porte de l’Occident , l’Europe chrétienne qui-, pendant doux siècles , avait envoyé ses Hottes et scs armées on Asie , dut à la fin Iremhler pour elle-même. Dès-lors les croisades prirent un nouveau caractère et ne furent plus que des guerres défensives.
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