LIVRE XVII. 3g
» cet affront devrait affliger, le veut; puisque 1^68 » cela lui plaît , faut-il bien que cela nous plaise » aussi, à nous?
» Celui-là est donc bien fou qui cherche que- » relie aux Sarrasins, quand Jésus-Christ ne leur » conteste rien , puisqu’ils ont remporté la vic- » toire, et la remportent encore (ce qui me dé- » sole ) sur les Francs et sur les Tartares , sur les » Arméniens et sur les Persans. Chaque jour nous » sommes vaincus , car il dort, ce Dieu qui avait » coutume de veiller (1) : Mahomet agit de toute >1 sa puissance, et fait agir le farouche Bibars. »
Ces déclamations si étranges n’exprimaient point sans doute les véritables sentimens des fidèles ; mais dans un temps où les poètes parlaient de la sorte , on doit penser que les esprits étaient peu disposés aux saintes expéditions d’outre-mer. Le troubadour que nous venons de citer ne conseille point de faire la guerre aux Sarrasins, et déclame avec amertume contre le pape qui vendait Dieu et les indulgences , pour armer les Français contre la maison de Souabe. En effet les débats élevés pour la succession du royaume de Naples et de Sicile , occupaient alors toute l’attention du Saint-Siège, et la France n’y resta point étrangère.
On se rappelle les excommunications et les fou-
(1) Ce sirvente, qu’on attribue à un chevalier du Temple, a été traduit par l’abbé Millot, qui paraît en avoir altéré le sens. On le trouve dans l’éclaircissement sur les troubadours, dans le ivc. volume de celle histoire.
4o HISTOIRE DES CROISADES.
ia68 dres ecclésiastiques lancées si souvent contre Frédéric et contre sa famille ; les souverains pontifes voulurent joindre la force des armes à l’autorité que leur donnait l’Eglise , et le droit des conquérans à tous ceux qu’ils croyaient avoir sur un royaume si voisin de leur capitale. Comme ils n’avaient point l’expérience de la guerre, et que leurs lieutenans manquaient également de capacité et de courage , leurs armées furent défaites. La cour de Rome, vaincue ainsi sur le champ de bataille, fut obligée de reconnaître l’ascendant de la victoire , et dans cette lutte profane elle perdit meme quelque chose de cette puissance spirituelle qui la rendait si formidable.
Il ne restait de la famille de Souabe que Mainfroi, fils naturel de Frédéric, et Conradin, son petit-fils, encore enfant. Mainfroi, qui avait l’babilcté et la valeur de son père, venait de relever la puissance germanique en Italie, et bravait le pouvoir et les armes des pontifes (i). Alors la cour de Rome désespérant de conserver pour elle le royaume de Sicile, le promit à ceux qui entreprendraient de le conquérir (2). La couronne de
(1) Mainfroi avait trompé les Siciliens en répandant le liruit de la mort de Conradin , qu’il avait en effet essayé de faire empoisonner. Les grands et les prélats du royaume de Sicile croyant que le petit-fils de Frédéric était mort, allèrent au-devant de Mainfroi et le saluèrent roi. (Voy. l’auteur anonyme. De rebus Siculis ; et Ricordan Malesp., Histoire de Florence, cliap. 148. )
(2) Une fois maître de la Sicile, Mainfroi voulut domi-