CROISADES CONTRE LES TURCS
L’occident n’avait vu qu’avec indifférence les dangers qui menaçaient l’empire grec $ en apprenant le dernier triomphe de Mahomet , tous les peuples chrétiens furent saisis d'elfroi : on croyait déjà voir les janissaires renverser les autels de l’Évangile dans la Hongrie et dans l’Allemagne. On frémissait à la pensée que l’Italie n’échapperait point à la domination des Turcs, et qu’un jour on entendrait prêcher le Coran dans les églises de Rome changées en mosquées. De toutes parts des murmures s’élevaient contre le pape Nicolas Y, auquel on reprochait de n’avoir pas prêché une croisade pour prévenir le malheur que déplorait toute la chrétienté. Quelques secours envoyés avant le siège auraient, en effet, sauvé Constantinople; mais la ville une fois tombée au pouvoir des barbares, cette perle devenait irréparable. La réunion de toutes les puissances chrétiennes pouvait seule
3ff. HISTOIRE DES CROISADES,
arracher aux Turcs leur conquête, et celte réunion rencontrait chaque jour de plus grands obstacles.
En vain , pour ébranler encore une fois l’Occident , l’éloquence des orateurs chrétiens s’adressa tantôt à la douleur , tantôt à la piété des fidèles(i) j en vain on employa tour-à-tour l’ascendant des idées religieuses et celui de la chevalerie: tout le monde déplora les progrès des Turcs ; mais une aveugle résignation, ou plutôt une cruelle indifférence prit bientôt la place de la consternation universelle.
Peu de mois après la prise de Constantinople , Philippe-le-Bon , duc de Bourgogne , rassembla à Lille en Flandre toute la noblesse de ses états; et, daus une fête dont l’histoire nous a conservé le récit fidèle, il chercha à réveiller le zèle cl la valeur des preux , par le spectacle de tout ce qui pouvait alors frapper leur imagination chevaleresque. On présenta d’abord à l’assemblée un grand nombre de tableaux et de scènes curieuses, parmi,
(i) Le souverain pontife re'digca un diplôme apostolique dans lequel , après avoir fait un tableau des maux effrayans que les Turcs avaient déjà faits à l’Eglise, il exhortait tous les fidèles à se croiser contr’eux. Il accordait pour cette guerre tous les fruits et revenus que la chambre apostolique recevait de tous les bénéfices des archevêques, évêques , abbés , etc., et la dîme des revenus des cardinaux, etc. Il recommandait à toutes les puissances de faire la paix. Ce diplôme est date de Rome, la veille des calendes d’octobre i453.