LIVRE XX
lesquels on remarquait les travaux d’Hcrculc, les i aventures de Jason et de Médée, les enchantcmens de Mélusinc (t). On vit ensuite arriver dans la salle du festin , le simulacre d’un éléphant conduit par un géant sarrasin , et portant une tour , d’où sortit une matrone vêtue de deuil, qui représentait l’Eglise chrétienne. L’éléphant étant arrivé devant la table du duc de Bourgogne, la dame captive récita une longue complainte en vers sur les maux dont elle était accablée, et, s’adressant aux princes , aux ducs et aux chevaliers, elle se plaignit de la lenteur et de l’in différence qu’ils mettaient à la secourir. Alors parut un hérault d’armes qui portait à la main un faisan , oiseau que la chevalerie avait adopté comme le symbole et le prix de la bravoure. Deux nobles demoiselles et plusieurs chevaliers delà Toison-d’or s’approchèrent du duc, et lui présentèrent l’oiseau des braves, le priant de les avoir en souvenance . Philippele-Bon, qui savait, dit Olivier de la Marche, à quelle intention il avoit ce banquet, jeta un regard de compassion sur la dame Sainte-Eglise (a).
(i) Olivier «le la Marche, après avoir fait la description «le la fête et des divers spectacles offerts aux yeux des convives , ajoute : « Tels furent les entremets mondains de » cette fêle, et laisserai à tant à en parlor, pour compter » d’un entremets pitoyable , qui me semble le plus spécial » des autres , etc. »
(■a) Olivier de la Marche dit que le duc de Bourgogne avait déjà entrepris, trois ans auparavant, de faire uue
j 453 el tira de sun seiu un écrit que le hérault d’armes lut à haute voix. Dans cet écrit, le duc vouoit premièrement à Dieu , son créateur , à la très sainte Vierge , et après aux dames et au faisan , que « s’il plaisoit au roi de France d’exposer son » corps pour la défense 'de la foi chrelienne , et » résister à la damnable entreprise du Grand-Turc ,
» il le serviroit de sa personne et de sa puissance au- » dit saint voyage, le mieux que Dieu lui en don*
» neroit la grâce ; si ledit roi coimnettoit a celle » sainte expédition aucun prince de son sang ou » autre seigneur, il s’engageoit à leur obéir ; et si ,
» pour scs grandes affaires , il n’étoit disposé d y » aller, ni d’y envoyer, et que d’autres puissans » princes prissent la croisée, il s’offroit de les ac- » compagner le plus avant qu’il pourroit. Si , du- » rant le saint voyage , il pouvoit par quelque voie » ou manière que ce fût, savoir ou eongnoistre que » ledit Grand-Turc eût volonté d’avoir affaire à » lui corps à corps, lui, Philippe, pour ladite foi » chrétienne, le combattroit , volontiers avec le » secours de Dieu tout-puissant , et de sa très » douce vierge mère, lesquels il appeloit toujours » à son aide. »
La dame Sainte-Église remercia le duc du zè'e qu’il montrait pour sa défense. Tous les seigneurs et chevaliers qui étaient présens invoquèrent , a
croisade contre les Turcs, clans une assemblée tenue a Mous.