LIVRE XX
leur tour, le nom de Dieu et de la Vierge, sans ou- t blicr les dames et le faisan, et jurèrent de consacrer leurs biens et leur vie au service de Jésus- Christ et de leur très redouté seigneur le duc de Bourgogne. Tous exprimèrent le plus ardent enthousiasme. Quelques-uns se distinguèrent par la bizarrerie et la singularité de leurs promesses. Le comte d’Etampes, neveu de Philippc-le-Bon, s’engageait à proposer un cartel à aucuns grands princes et seigneurs de la compagnie du Grand- Turc , et promettait de les combattre corps à corps , deux à deux , trois à trois, quatre à quatre, cinq à cinq , etc. Le bâtard de Bourgogne jurait de livrer un combat à un Turc, en quelque manière qu’il vouliit requérir , et prenait l’engagement de faire porter le défi en l’hostel du Turc. Le seigneur de Pons faisait le serment de ne séjourner dans aucune ville jusqu’à tant « que il eut trouvé » un Sarrasin qu’il pût combattre corps à corps ,
» à l’aide de Notre-Dame , pour l’amour de la- » quelle jamais il ne couclieroit dans un lit le »> samedi, avant l’entier accomplissement de son » vœu. »
Un autre chevalier s’engageait , du jour de son départ , à ne manger le vendredi chose qui eût reçu mort « jusqu’à ce qu’il se fût trouvé aux prises » avec un ou plusieurs ennemis de la foi : si la » bannière de son seigneur et celle des Sarrasins » éloienl déployées pour le combat , il faisoit vœu » d’aller droit à la bannière du Grand-Turc,
» de la trébucher par terre ou de mourir à la
3jo HISTOIRE DES CROISADES.
i453 » peine (1). » Le seigneur de Toulongeon , arrivé au pays des infidèles , devait défier un des liomines d’armes du Grand-Turc, et le combattre en présence de son seigneur le duc de Bourgogne , ou si le Sarrasin ne voulait pas venir , il se proposait d’aller le combattre en présence dudit Grand-Turc, moyennant quil put avoir bonne sûreté.
Toutes ces promesses, qui ne furent point accomplies , servent du moins à nous faire connaître l’esprit et les mœurs de la chevalerie. La naïve confiance qu’avaient les chevaliers dans leurs armes nous montre combien ils connaissaient peu les ennemis auxquels ils déclaraient ainsi la guerre.
Lorsque chacun eut exprimé ses vœux, une dame velue de blanc et portant sur le dos cette inscription en lettres d’or : grâce-Dieu , vint saluer l’assemblée et présenta douze dames avec douze chevaliers. Ces dames figuraient douze vertus ou
fi) Quelques historiens modernes qui ont parle' de ces vœux des chevaliers, en ont exagéré la bizarrerie. Je vois entr’autres, dans l’un de ces auteurs, M. de Salaberry, Histoire de l’empire ottoman, cette phrase : Enfin, ce qui donne une idée de la dévotion de ces croisés nouveaux , il y en eut un qui voua que si , jusqu’au moment du départ , il ne pouvoit obtenir les faveurs de sa dame , il épouseroit la première demoiselle qu’il trouverait ayant vingt mille écits. Nous n’avons rien trouvé de semblable, ni dans Monstrelet, ni dans Olivier de la Marche, qui sont les seuls auteurs du temps qui parlent de cette fêle.