LIVRE XX. 3ji
qualités dont elles portaient le nom sur l’é- i paule : foi , charité , justice , raison , prudence , tempérance , force , vérité , largesse , diligence , espérance , vaillance ; telles étaient les vertus de la chevalerie qui devaient présider à la croisade.
En lisant la description de cette fête chevaleresque , on a pu voir tout ce qui restait alors des sentimens belliqueux et de l’héroïque piété qui avaient animé les compagnons de Godefroi , de Louis Y1I , de Philippe -Auguste et du roi Richard. Lorsqu’on se xappelle le concile de Clermont , les prédications de Pierre l’Hermite et de saint Bernard, l’enthousiasme grave, la dévotion austère qui présidaient aux sermens des premiers croisés; lorsqu’on voit ensuite les solennités brillantes de la chevalerie, les promesses moitié profanes , moitié religieuses des chevaliers , enfin tous les spectacles mondains au milieu desquels on proclamait la guerre sainte, on se sent tout-à-coup transporté dans un autre siècle et dans une société nouvelle. La religion, qui avait précipité l’Europe sur l’Asie, n’a plus d’empire, si les dames ne sont ses interprètes, et si les prédications de l’Église ne se mêlent aux fêles et aux usages de la chevalerie.
On sait au reste que ce genre de prédications ne laissa point une impression profonde et durable dans le cœur des chevaliers. Il n’eut surtout aucune influence sur la multitude, qui n’assistait point à ce spectacle, et qui n’y aurait rien coin-
4 jj pi is si elle y eut assisté. Il u en était pas ainsi dans les assemblées des fidèles, convoquées par le chef de 1 Eglise , où tout le monde était appelé, où le peuple, comme les grands, se passionnait pour la e ense de la cause commune et des opinions dominantes. Aussi ne peut-on s’empêcher ici de reconnaître que l’esprit religieux fut toujours le mobile le plus actif et le plus puissant parmi les jommes , et que dans les siècles dont nous retraçons l’histoire , aucun autre mobile pris dans les passions humaines n’aurait pu remuer le monde , comme celui qui avait produit et entretenu l’enthousiasme des croisades.
Cependant quelques hommes pieux firent d’incroyables efforts pour faire revivre les premiers temps des guerres saintes. Jean Capistran (i), moine de Saint-François, et Sylvius-Æneas , évêque de Sienne, ne négligèrent aucun des moyens qui pouvaient enflammer les esprits et ranimer la dévotion belliqueuse des croisés. Le premier qui passait pour un saint, parcourait les cités de Allemagne et de la Hongrie, en parlant au peuple assemble des périls de la foi et des menaces des mécréans. Le second, l’un des évéques les plus éclairés de son temps, versé dans les lettres grecques et latines , orateur et poète exhortait les princes à prendre les armes, pour pievenir 1 invasion de leurs propres états et sau-
(,) Jean CaPistra" e'«ad d’une famille noble de l’Anjou.