‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 178 sur 276 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

soldais chrétiens , cl leur inspirait une ardeur invincible.

Les chroniques contemporaines nous apprennent qu’à celle époque deux comètes se montrèrent dans le ciel ; l’une paraissait avant l’aurore , l’autre après le coucher du soleil ; les peuples de la chrétienté croyaient, y voir le signal prophétique des plus grands malheurs ; et comme le plus grand des malheurs qu’on eût alors à redouter était l’invasion des Turcs, Calixle voulut profiler de celte disposition générale des esprits pour les ramener à l’idée d’une croisade. Il exhorta les chrétiens à la pénitence; il leur présenta la guerre sainte comme un moyen d’expier leurs fautes et d’apaiser la colère céleste.

Cependant on ne prit les armes que dans les pays menacés par les Turcs. Ce fulalors que lç souverain pontife ordonna que chaque jour, à midi , on sonnerait les cloches dans toutes les paroisses afin d’avertir les fidèles de prier pour les Hongrois et pour tous ceux qui combattaient contre les Turcs. Calixte accordait les indulgences à tous les chrétiens qui, à ce signal, répéteraient trois fois l’oraison dominicale et la salutation angélique. Telle fut l’origine de l 'Angélus, que les usages de l’Eglise ont consacré et conservé jusqu’aux temps modernes.

Le ciel fut touché sans doute de ces ferventes prières qui s’élevaient ensemble et à la même heure de tous les points de l’Europe chrétienne. Mahomet. avait conduit son armée devant Belgrade; après avoir établi leur camp, dit l’historien Cog-

36o HISTOIRE DES CROISADES.

1457 gia-eflencli, les Turcs se précipitèrent sur la ville , comme les abeilles vers leur ruche , mais ils trouvèrent une résistance invincible. Le siège durait depuis quarante jours, lorsqu’Hunniades et le moine Capistran accoururent au secours des assiégés , l’un conduisant de nombreux bataillons , l’autre n’ayant pour triompher de l’ennemi que sa pieuse éloquence et ses ardentes prières (1). Dans un seul combat, les soldats chrétiens mirent en fuite l’armée de Mahomet, et détruisirent la flotte ottomane qui couvrait le Danube et la Save. Hunniades fit des prodiges de valeur ; au moment du plus grand péril, on vit Capistran parcourir les rangs de l'armée chrétienne, portant une croix à la main et répétant ces paroles: victoire , Jésus h

(1) Jean Taliacoti el Nicolas de Fara , compagnons de Jean Capistran, lui attribuent l’honneur de la victoire de Belgrade. Selon eux , Hunniadcs avait défendu, sous peiue «le mort, à ses soldats, de passer la Save, de peur que l’infanterie des chrétiens ne fût foulée aux pieds dans la plaine par la cavalerie des Turcs ; mais Jean Capistran, à la tête d’un petit nombre de croisés , méprisa cette défense et traversa la Save , en criant : Voila le jour que nous attendions , passons. Presque toute l’armée chrétienne le suivit. Les Turcs abandonnèrent leurs machines et furent tués ou dispersés au nom de Jc'sus , que répétaient tous les soldats chrétiens. On dit qu’on avait vu des anges exciter les croisés au combat. La bataille avait duré six heures. Capistran, dans une lettre adressée au pape, dit qu’il y eut vingtquatre mille Turcs de tués et trois cents machines de guerre enlevées h l’ennemi. (Consultez les Annal, ecclds. , ann. 1457 , n°‘. 3o et suiv.)

Page 1