LIVRE XX
victoire ! Plus de vingt mille Musulmans perdirent i458 la vie dans la bataille uu dans la fuite; le sultan fut blessé au milieu de ses janissaires, et s’éloigna précipitamment de Belgrade avec son armée vaincue. Toute l’Europe remercia le ciel de cette victoire , à laquelle elle n’avait concouru que par ses prières, et qu’elle devait regarder comme un miracle.
La tente et les armes de Mahomet furent envoyées au pape, comme un trophée de la guerre sainte et comme un hommage rendu au père des fidèles.
La religion célébra par ses cérémonies une journée où ses plus cruels ennemis avaient été vaincus. La fêle de la Transfiguration, instituée par une bulle du pape, et marquée au 6 août, rappela chaque année à l’Eglise universellela défaite des Turcs devant Belgrade (i).
Hunniades et Capistran ne survécurent pas long-temps à leurs triomphes, et moururent tous les deux lorsque la chrétienté mêlait encore leurs noms aux hvmnes de sa reconnaissance. Le senti-
(i) La bulle d'institution de celte fêle est datée du 8 des ides du mois d’août 1467. Le P. Martenne a prouvé dans son ouvrage de l’ancienne discipline de l’Eglise concernant la célébration des offices , et d’après un missel de Tours , écrit avant l’an 800, que cetlc fête était des long-temps établie, non seulement chez les Latins , mais aussi chez les Grecs. Le pape Calixtc, par sa bulle, ne fit autre chose qu’ordonner qu’elle serait regardée comme fête double solennelle, et qu’elle serait observée comme toutes les autres l'êtes qu’on appelle de prc'ceptc. (Voyez la note dit P. Mansi, Annales cccles. , ad ami. 1467 , pag. r.18.)
3fia HISTOIRE DES CROISADES,
i î 58 ment de la jalousie empoisonna leurs derniers inslans , et la chaleur peu évangélique avec laquelle chacun d’eux réclama l’honneur d’avoir sauvé Belgrade imprima une tache à leur renommée. Æneas-Sylvius , en recommandant leur mémoire à l’estime de la postérité, célèbre les vertus de Capistran, et s’étonne qu’un humble cénobite, qui avait foulé aux pieds tous les biens de ce monde, n’ait point eu assez de force pour résister aux charmes de la gloire (1).
(i) Æneas-Sylvius, dans son Hist. de Bohême , ch. 65, s’exprime en ces termes au sujet de Capislran :
Spreverat Capistranus seculi pompas ,j ugerat delicias , calcaverat avaritiam , libidinern subegerat , contemnere gloriam non poluil ; qui summo pontijici bellum atque exitum bclli describens , nulla Ilunniadis , nu lia cardinalis facla mentione , tolurn suum esse dixit quod gestum erat , quamvis Deum inpriniis victoriœ confessus fuerit auctorem.
L’annaliste Raynaldi oppose à celte accusation la lettre même de Capistran au pape, dans laquelle on lit ces mots : Non ego, incrmis et inutilis servus, aut pauperes et rudes cruce signati poluimus nostris viribus liœc ficere , Doits dominas excrcituum fecit hœc omnia : illi gloria in sccitla seculorum. Ces paroles adressées au pape , et qui ne sont qu’une formule ordinaire, ne sauraient détruire ni affaiblir le témoignage d’Æueas-Sylvius. Tout en avouant que Dieu avait fait toutes ces choses {hœc omnia), Capistran pouvait fort bien se persuader qu’il avait été au moins le principal instrument dont Dieu s’était servi ; rien ne prouve mieux cette persuasion, que le récit naïf des deux disciples de Capistran , cité dans une note précédente. Selon eux , la défaite de Mahomet u’étail point l’ouvrage d’IIuu-