‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 19 sur 276 · LIVRE XVII. 4i · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. 4i

Mainfroi fut d'abord offerte au roi d’Angleterre, 12G8 pour son fils Edmond; mais Henri III, aux prises avec ses propres sujets et prisonnier de ses barons , ne pouvait seconder ni les prétentions de son frère Richard à l’empire, ni celles de son fils au trône de Sicile. Le souverain pontife jeta enfin les yeux sur Charles d’Anjou , à qui sa femme Beatrix avait apporté le comté de Provence , et dont la puissance s’éleudait déjà jusqu’au-delà des Alpes. Charles d’Anjou, élevé sous les yeux de la reine Blanche, comme Louis IX, n’avait ni le caractère ni les sentimens du saint monarque; l’un portait dans la politique toutes les vertus de Ja religion, l’autre mettait dans la religion toutes les passions de la politique ; Louis était à peine rassuré sur la légitimité des conquêtes faites par ses aïeux ; la

ner en Italie. Il s’empara de Ja marclie d’Ancône et de plusieurs terres de l’etat ecclesiastique. Le pape Urbain IV le cita à son tribunal pour qu’il eût à se défendre des actes de cruauté dont il s’était rendu coupable. Mainfroi méprisa la sommation du souverain pontife , qui adressa 'à tous les fidèles des lettres dans lesquelles il reproche au tyran de la Sicile la destruction de la ville d’Aria , le meurtre des grands de Sicile, la violation des interdits ecclésiastiques , sa liaison avec les Sarrasins dont il avait adopté les rites, le meurtre de l’ambassadeur de Conradin , etc. Ces lettres sont datées de Viterbe , le 3 des ides de novembre 1 aG3 . Mainfroi ne tint aucun compte des menaces et des reproches d’Urbain; il entreprit au contraire de se rendre maître de Viterbe, où le pape et les cardinaux étaient alors. ( Voy. Theo/loric V allicolor , apud Masson , de cpiscop. Urb., liv. v.)

iaG8 possession de la Normandie et du Poitou troublait quelquefois sa conscience. La philosophie toute religieuse du saint roi s’alarmait des grandeurs humaines, et si nous en croyons les traditions historiques, il avait eu le projet de descendre du trône de Charlemagne et de Philippe-Auguste, pour s’ensevelir dans un monastère de St.-Dominiquc. Charles , au contraire , n’avait qu’une crainte, celle de perdre les provinces que la fortune lui avait données , qu’une seule pensée , celle de profiter de toutes les circonstances et d’employer tous les moyens pour agrandir ses Etats. Tandis que son frère, l’un des plus grands monarques de la chrétienté , enviait la paix , la pauvreté et la bure des cénobites, lui, n’aspirait qu’à parer sou front d’une couronne , qu’à être compté parmi les rois de la terre. Le duc d’Anjou était encouragé dans son ambition par sa femme Béalrix, qu’on avait vue pleurer pour n’être pas reine comme ses trois sœurs , et qui consentit facilement à vendre ses bijoux pour une guerre qui lui promettait l’accomplissement de tous ses vœux. Les scrupules de Louis IX suspendirent pendant quelque temps les desseins du Saint-Siège. Mais Clément IV , qui succéda à Urbain, fit de nouvelles tentatives; le pieux monarque se laissa enfin entraîner par les prières de Charles, et surtout par l’espoir que la conquête de la Sicile ne serait pas inutile un jour à la défense de la Terre-Sainte.

Le comte de Béthune, un grand nombre de seigneurs et de chevaliers français accompagnèrent lo

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