‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 181 sur 276 · LIVRE XX. 3f · texte numérisé non relu

LIVRE XX. 3f

varice portait les marchands à transgresser sur 1 ce point les ordres les plus sévères. On exigeait alors , au nom du pape , une somme d’argent de tous ceux qui s’accusaient de ce péché (i). On les condamnait à payer le quart ou le cinquième des bénéfices provenant d’un commerce illicite. Il y avait des commissaires chargés de lever cet impôt, et des décrets en réglaient la perception comme celle de tous les autres revenus publics.

Ce qui achève de faire connaître l’esprit de celte époque , et surtout l’esprit de la cour de Rome, c’est que dans les prédications des croisades on exhortait moins les fidèles à prendre les armes qu’à payer un tribut en argent. On appelait les deniers levés au nom du Saint-Siège , des secours pour les Hongrois ; et comme les Hongrois avaient toujours besoin d’étre secourus, la levée des décimes devenait comme un état de choses permanent que le peuple et le clergé supportaient chaque jour avec moins de patience et de résignation.

Nous devons ajouter aussi que le Saint-Siège ne recevait pas toujours les produits du tribut qu’il avait imposé aux chrétiens. Les princes, sous prétexte de faire la guerre aux Turcs , s’en emparaient quelquefois , et trop souvent les décimes pour la guerre sainte furent employées à soutenir les querelles de l’ambition.

(i) Ce fait est tiré de la Dissertation espagnole que nous avons déjà citée.

j 458 Copendant les réclamations des Allemands cona tre les commissaires et les agens de la cour de Rome devinrent si vives et si nombreuses que le pape se crut obligé d’y répondre (i). Dans son apologie, rédigée par Æneas-Sylvius, il déclarait que Scanderberg et le roi de Hongrie avaient reçu de nombreux secours; qu’on avait armé des flottes contre les Musulmans ; qu’on avait envoyé des vaisseaux et des munitions de guerre à Rhodes, en Chypre, à Mytilène; qu’en un mot l’argent levé sur les fidèles n’avait été employé que pour la défense de la foi et de la chrétienté.

Cette apologie, dans laquelle Calixte se félicitait d’avoir sauvé l’Europe, ressemble trop peut-être à celle de cet ancien Romain, qui, accusé d’avoir mal employé les deniers publics, proposa pour toute réponse de monter au Capitole pour remercier les dieux des victoires qu’il avait remportées. Il faut avouer néanmoins que ce que disait l’apologiste de

(i) Calixte avait écrit plusieurs lettres adressées, soit au duc de Bourgogne, soit au légat d’Avignon, dans lesquelles il leur disait que pour équiper sa flotte il avait épuisé le trésor pontifical , aliéné les objets les plus précieux et quelques domaines même de l’Eglise. ( Lib. brev. , pag. 12, a3, 29, 43, 5i. ) 11 repoussa ensuite les calomnies des Allemands en écrivant à St. Antonio , archevêque de Florence , et à l’empereur Frédéric. L’apologie que rédigea pour lui Æneas-Sylvius se lit dans deux lettres adressées à l’archevêque de Mayence. (Voy. le recueil des lettres d’ Æneas-Sylvius, ép. 838 , 3GG.) Celle du pape à l’empereur se lit dans le même recueil, ép. 371.

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