LIVRE XX
la cour pontificale n’était point dépourvu de vé- 1 1 ilé , et l’iiistoire doit louer le zèle que déploya le père des chrétiens pour arrêter les progrès de Mahomet et dérober une foule de victimes ù la tyrannie des Ottomans.
Calixte ne cessait de solliciter les princes chrétiens de se réunir à lui; il cherchait surtout à exciter l’enthousiasme belliqueux de la F rance contre les Turcs. « Si je suis secondé par les Français ,
» disait-il souvent, nous détruirons la race des in- » fidèles (1). » Il n’épargna ni les prières , ni les promesses, pour engager Charles VII à secourir la Hongrie , et à défendre les barrières de l’Europe. Il lui envoya cette rose d’or que les papes bénissaient au quatrième dimanche de carême, et dont ils faisaient présent aux princes chrétiens, en témoignage de leur estime et de leur affection. On voit par ces prévenances du pontife , combien on était loin du temps où les chefs de l’Eglise ne parlaient aux monarques qu’au nom d’un ciel irrité , et ne les exhortaient à prendre la croix qu’en leur reprochant leurs fautes, qu’en leur recommandant de les expier par la guerre sainte. Les papes, en prêchant la croisade , 11’étaient plus les interprètes des opinions dominantes; leurs invitations n’étaient plus des lois , et les princes usaient amplement de la faculté qu’ils avaient de ne point obéir. Charles VII, qui
(1) La letlre où le pape Calixte s’exprime ainsi est datée du 24 niai 1 457*
avait toujours à redouter les entreprises des Anglais, re'sista aux instances réitérées de Calixte (i). En vain le Dauphin , qui régna dans la suite sous le nom de Louis XI (2), retiré alors à la cour de Bourgogne , se déclara ouvertement pour la croisade , et voulut se faire un parti dans le royaume en prenant la croix : la France resta étrangère à la guerre prêcliée contre les infidèles, et Charles se contenta de permettre la levée des décimes dans ses Etats, à la condition expresse qu’il en surveillerait l’emploi.
Tandis que le pape implorait les secours de la chrétienté pour les Hongrois , la Hongrie était remplie de troubles, occasionnés par la succession de Ladislas, tué à la bataille de Warna. Calixte
(1) La descente des Anglais dans le Médoc, le siège de Castillon en Périgord, la retraite du dauphin Louis auprès du duc de Bourgogne , la conspiration du duc d’Alençon , donnaient trop d’occupation au roi de France pour qu’il put songer alors à une croisade.
(a) Monstrelet , Paul Émile et Gaguin, disent que le Dauphin s’aliéna l’esprit de son père, parce qu’il voulait conduire une armée contre les Turcs , et que ce fut en partie pour cela qu’il se retira auprès du duc de Bourgogne ; mais des motifs plus puissans, rapportés par Philippe de Comines , tels que ses projets pour s’emparer du gouvernement; son mariage contracté avec Charlotte de Savoie malgré les défenses expresses du roi , ses préparatifs de guerre; et surtout le peu de succès de toutes scs tentatives contre son père, déterminèrent le Dauphin à prendre la fuite.