‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 183 sur 276 · livre xx · texte numérisé non relu

livre xx

employa l'autorité paternelle du Saint-Siège pour ,458 apaiser les fureurs de la discorde, et pour protéger Mathias Hunniades, long-temps retenu dans les fers, enfin proclamé roi d’un pays que la bravoure de son père avait sauvé (1). La conduite du pontife parut moins digne d’éloge, et surtout moins désintéressée , lorsque la succession d’Alphonse , roi de Naples , amena de nouvelles guerres en Italie (2). L’histoire rapporte que le souverain pontife oublia

(t) Jean Hunniades avait gouverné la Hongrie pendant la minorité du jeune roi Ladislas V. Après sa mort , ses fils Ladislas et Mathias Hunniades entrèrent dans une conspiration formée contre Ulric, comte de Cilia , oncle du jeune Roi. Ulric , attiré dans une conférence secrète , fut assassiné par Ladislas Hunniades. Quelque temps après, le jeune roi , pour venger la mort de son oncle, fit arrêter les deux Hunniades. Ladislas fut condamné à perdre la tête, et Mathias à rester en prison. Michel Zilagius, leur oncle, entreprit de les venger. Il leva une armée en Transylvanie et pénétra dans la Hongrie, dont il se rendit maître. Lejeune roi étant mort pendant ces troubles , Zilagius convoqua les états de Hongrie et leur persuada d’élever sur le trône Mathias Hunniades , en reconnaissance de ce que son père avait préservé les Hongrois du joug des Turcs.

Les prétentions qu’avait depuis long-temps l’empereur d’Allemagne sur le royaume de Hongrie, prétentions qui s’étaient considérablement augmentées , étaient une des principales causes des troubles de ce pays. (Æneas-Sylvius, Ilist. Bohem.f ch. 66 ctseq.; Thilros. citron., ch. 58 et seq.; Bonfini, Decad. 3, liv. vin.)

(2) A la mort du roi Alphonse, le pape Calixte publia une bulle, par laquelle il prononçait que le royaume de Naples était dévolu au Saint-Siège et défendait à Ferdi- TOM. Y- 24

3jo HISTOIRE DES CROISADES.

*458 en celle circonstance les périls de la chrétienté, et qu’il erp ploya les trésors amassés pour la guerre sainte à la défense d’une causequi n’était point celle de la religion (i).

Cependant l’infatigable orateur de la croisade, Æncas-Sylvius , succéda à Calixte III sur la chaire de saint Pierre. La tiare paraissait être la récompense de son zèle pour la guerre contre les Turcs , et tout faisait espérer qu’il ne négligerait rien pour exécuter lui-même les projets qu’ils avait conçus , pour réveiller parmi les peuples de la chrétienté

nanti , fil* naturel de ce prince , de prendre le titre de roi de Naples. Cette bulle est datée de St.-Pierre de Rome, le 4 des ides de juillet 1 458. Les historiens Surita et Jovianus Pontanus s’élèvent à cette occasion contre le pape : le dernier surtout accuse Calixte d’avoir été l’ennemi d’Alphonse et de s’être conduit avec perfidie envers Ferdinand, auquel il refusait d’accorder le trône de Naples.

L’annaliste Raynaldi défend assez mal Calixte III, et se contente de nous le représenter occupé sans cesse d’exciter les princes à la croisade. Calixte , suivant l’annaliste , en réuuissant le royaume de Naples au Saint-Siège, voulait augmenter les forces qui pouvaient réprimer la tyrannie des Turcs.

(i) Le pape Calixte III succomba sous le poids de la vieillesse et des infirmités , le 8 des ides du mois d’août , jour auquel il avait institué la fête de la Transfiguration. Il était âgé de quatre-vingts ans. Platina dit qu’il laissa en mourant cent quinze mille écus d’or pour faire la guerre aux Turcs. St. Antonin dit qu’on en trouva cent cinquante mille sous sou chevet.

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