‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 185 sur 276 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

voyer à Mantoue leurs ambassadeurs. Pio II s’y *4^0 rendit lui-même ; et , dans son discours d’ouverture , il s’éleva avec force contre l’indifférence des princes et des souverains; il montra les Turcs ravageant la Bosnie et la Grèce , prêts à se porter, comme un rapide incendie, sur lTlalie et sur l’Allemagne , sur tous les pays de l’Europe.

Le pontife déclara qu’il ne quitterait point Mantoue, avant que les princes et les Etats chrétiens lui eussent donné des gages de leur dévouement à la cause de la chrétienté ; il protesta enfin que s’il était abandonné des puissances chrétiennes, il se présenterait seul dans cette lutte glorieuse, et mourrait en défendant l’indépendance de l’Europe et de l’Eglise (i).

Le langage de Pie II était plein de religion , et sa religion pleine de patriotisme. Lorsque Déinoslhènes et les orateurs grecs montaient à la tribune aux harangues pour presser leurs concitoyens de défendre la liberté de la Grèce contre les entreprises de Philippe ouïes invasions du grand roi, ils parlaient sans doute avec plus d’éloquence ; mais jamais ils nefurent inspirés par déplus grands intérêts et de plus nobles motifs.

Le cardinal Bessarion, que la Grèce avait vu naître , et que l’Eglise de Rome avaitadopté, parla après Pie II , et déclara que tout le collège des car-

(i) Le discours que le pape Pie II prononça au concile de Mantoue *e lit dans le recueil des lettres de ce pontife, u°. 397.

i40o dinaux était animé du même zèle que le père des fidèles. Les députés de Rhodes, de Chypre, de l’Épire, ceux derillyrie, du Péloponèse , et de plusieurs des contrées qu’avaient envahies les Turcs, firent, devant le concile , un récit lamentable des maux que souffraient les chrétiens sous la domination des Musulmans -, maisles ambassadeurs des grandes puissances de l’Europe n’étaient point encore arrivés, et ce retard n’annonçait que trop l’indifférence des monarques chrétiens pour la croisade. Les débats qui s’élevèrent ensuite sur les prétentions des familles d’Anjou et d’Aragon au royaume de Naples , enfin , les disputes d’étiquette et de préséance qui occupèrent le concile pendant plusieurs jours, achevèrent de prouver que les esprits n’étaient point assez frappés des dangers de l’Europe chrétienne, et qu’on ne prendrait pour les. prévenir aucune résolution généreuse.

Le pape proposa de lever pour la croisade un dixième sur les revenus du clergé , un vingtièmesur les juifs, un trentième sur les princes et les séculiers. Il proposa en même tempsde lever unearmée de cent mille hommes dans les différens États de l’Europe, et de confier le commandement de cette armée à l’empereur d’Allemagne. Ces propositions, pour être exécutées, avaient besoin de l’approbation des souverains , et la plupart des ambassadeurs ne firent que de vagues promesses. On tint un grand nombre de conférences ; le concilo dura plusieurs mois, et le pape quitta Manlouer sans avoir rien fait de décisif pour l’entreprise qu’il

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