‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 186 sur 276 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

méditait. 11 revint à Rome, d’où il écrivit de nou- 1461 veau aux princes chrétiens , les conjurant de lui envoyer des ambassadeurs pour délibérer encore sur la guerre contre les Turcs.

Toujours poursuivi parla pensée de délivrer le monde chrétien , et perdant chaque jour l’espoir d’ébranler l’Occident , il conçut l’idée bizarre de s’adresser à Mahomet II lui-même, et d’employer toutes les forces de la dialectique pour convertir le prince musulman au christianisme. Sa lettre, qui nous a été conservée (1), offre un traité complet de la théologie et de la philosophie du temps. Le pontife oppose aux apôtres de l’islamisme l’autorité des prophètes et des pères de l’Eglise , l’autorité profane de Lycurgue et de Solon. Cherchant surtout à intéresser l’ambition de l’empereur ottoman , il lui proposait l’exemple du grand Constantin, qui obtint le sceptre du monde en recevant le baptêine et en revêtant le signe sacré par lequel il lui était donné de vaincre. Le sultan n’avait qu’à reconnaître le Dieu d’où vient toute autorité, pour que les Abyssins , les Arabes, les Mamelucks, les Persans, tous les peuples de l’Asie , se soumissent à sa domination ; et si l'intervention de la cour de Rome lui était nécessaire pour régner sur l'Orient, le chef de l’Eglise lui promettait le secours de ses prières et l’appui de la souveraineté pontificale.

(1) Cette lettre, de près de trente pages in-folio, se trouve dans le recueil des lettres de Pie II, liv. 1, n°. et se lit aussi dans Piaynaldi , ann. 1461 , n°*. 44 e*- suiv.

i463 Dans cette singulière négociation avec Mahomet II, le pape ne fut pas plus heureux qu’avec les princes chrétiens. Ceux-ci , qu’il engageait à défendre leurs propres États , lui répondaient par de vaines protestations; Mahomet, auquel il offrait la conquête du monde , au nom du christianisme , se contenta de répondre qu’il était innocent de la mort de Jésus-Christ , et qu’il songeait avec horreur à ceux qui l’avaient attaché à la croix.

L’empereur ottoman venait de s’emparer de la Bosnie; il avait fait périr dans les supplices le roi de ce malheureux pays qui s’était soumis à ses armes. D’un autre côté, les Turcs ravageaient les frontières de lTIlyrie, et menaçaient Raguse. L’étendard du Croissant flottait sur toutes les îles de l’Archipel et de la mer d’Ionie ; les dangers de l’Italie et de l’Europe chrétienne devenaient chaque jour plus pressans. Le pape réunit son consistoire (i) et lui représenta que le temps était venu d’arrêter les progrès des Turcs et de commencer la guerre sainte qu’il avait prêchée. « Le » duc de Bourgogne, la république vénitienne, » étaient prêts à seconder son entreprise. Tandis » que les Hongrois et les Polonais s’apprêtaient à » combattre les Ottomans sur le Dniester et sur le » Danube, les Épirotes et les Albanais allaient 1c- » ver parmi les Grecs l’étendard de la liberté : eu

(i) Ce consistoire eut lieu cri i463. Gobelin Pcrsona nous a conserve le discours que le pape y prononça. (Voy* Uv. XII. )

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