‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 187 sur 276 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

» Asie, le sultan de Caramanie et le roi de Perse t4^3 » devaient attaquer les Turcs et seconder les ef- » forts réunis des chrétiens. Le pontife déclara » qu’il était résolu à marcher lui-même contre les » infidèles. Lorsque les princes chrétiens verraient » le vicaire de Jésus-Christ partant pour la guerre » sainte, n’auraient-ils pas honte de rester dans » l’inaction ? Chargé d’ans et d’infirmités, il n’a- » vait plus que peu d’instans à vivre ; il courait à » une mort presque certaine; mais qu’importait » le lieu et l’heure de son trépas, pourvu qu’il mou- » rùt pour la cause de Jésus-Christ et pour le salut » de la chrétienté? » ,

Les cardinaux donnèrent un assentiment unanime à la résolution de. Pie IL Dès-lors, le pape s’occupa des préparatifs de son départ ; il adressa une exhortation (1) à tous les fidèles , pour les engager à le seconder dans ses desseins. Après avoir, dans celte exhortation apostolique , retracé , avec une vive éloquence , les malheurs et les périls , de l’Eglise chrétienne, le pontife s’exprimait ainsi :

« Nos pères ont perdu Jérusalem et toute l’A- » sie; nous avons perdu la Grèce et une grande » partie de l’Europe : la chrétienté n’est plus que '•

» dans un coin du monde. En ce péril extrême ,

» le père commun des fidèles va lui-même au-de-

(1) Celte exhortation est datée du 1 1 des calendes de novembre i463 : elle est terminée par une prière que le pape adresse à Dieu pour le succès de son expédition. ( Voy. le recueil de scs lettres , n°. 3y7 - )

63 » vant tic l’ennemi. Sans doute que la guerre ne « convient ni à la faiblesse des vieillards , ni au )> caractère des pontifes ; mais quand la religion » est près de succomber , qui pourrait nous rete- » nir ? On nous verra pendant le combat , sur la » poupe d’un navire ou sur une colline élevee ,

» donnant nos bénédictions aux soldats de Jésus- » Christ, invoquant pour eux le Dieu des armées.

» Ainsi le patriarche Moïse priait sur la montagne » et levait ses mains vers le Ciel, tandis qu Israël » combattait des peuples que Dieu avait réprou- » vés. Nous serons suivis de nos cardinaux , d un » grand nombre d’évêques ; nous marcherons l’é- » tendard de la Croix déployé, avec les reliques » des saints, avec Jésus-Clxrist lui-même dans son » Eucharistie. Quel chrétien refusera de suivre le » vicaire de Dieu, allant avec son sénat sacré et » tout le cortège de l’Église à la défense de la re- » ligion et de l’humanité ?

» Quelle guerre fut jamais plus juste et plus né- » cessaire? Les Turcs attaquent tout ce que vous » avez de plus cher , ce que la société chrétienne » a de plus saint. Si vous êtes hommes , devez- » vous manquer de compassion pour vos sembla- » blés ? Si vous êtes chrétiens, la religion vous » ordonne de porter des secours à vos frères. Si le » malheur des autres ne vous louche point, songez » à votre propre salut , prenez pitié de vous- » mêmes. Vous vous croyez en sûreté , parce que » vous êtes encore loin du péril : demain le glaive » sera sur vos têtes. Si vous ne portez des secours

Page 1