LIVRE XX
faire aux infidèles (i). Il lui disait que la présence ,^G3 des princes dans les armées inspirait de la confiance aux soldats et de la terreur aux ennemis. Comme le doge étaitavancéen âge, Pie II lui rappelait que lui-même avait les cheveux blanchis parle temps; que le duc de Bourgogne, qui promettait de suivre les croisés en Orient , avait atteint les jours de la vieillesse. Nous serons, ajoutait le Saint- Père, ^ trois vieillards à la tête de l’armée chrétienne. Dieu se plaît au nombre de trois, et la Trinité (fui est dans le ciel ne manquera pas de protéger cette Trinité sur la terre.
Le doge de Venise hésitait à s’embarquer ; mais comme l’état vénitien était en guerre avec Mahomet II , et qu’il lui importait de confondre ses intérêts avec ceux de la croisade , le chef de la république fut contraint de suivre le pontife de Rome. Le duc de Bourgogne ne se disposait point à rejoindre l’armée des croisés.
Le pape , dans ses lettres , lui rappela ses promesses solennelles (2). Il lui reprochait d’avoir trompé les hommes, d’avoir trompé Dieu luimême. 11 ajoutait que son manque de foi allait jeter toute la chrétienté dans le deuil, et pou-
(1) La lettre du pape au doge de Venise est datée de St.-Pîerre de Rome , le 8 des calendes de novembre i/|63.
(2) Le duc de Bourgogne ne fut pas le seul qui manqua de loi ; François Sforce , duc de Milan , éludant sous divers prétextes de remplir ses promesses, reçut aussi du pape une lettre remplie de plaintes.
38a HISTOIRE DES CROISADES,
vait faire e'chouer la sainte entreprise. Philippe, à qui Pie II avait promis le royaume de Jérusalem, ne put se résoudre à partir, dans la crainte de perdre ses Etats ; il se contenta d’envoyer deux mille hommes d’armes à l’armée chrétienne. Il redoutait alors la politique de Louis XI (i), qui, étant dauphin, voulait combattre les Turcs , et qui, monté sur le trône , n’avait plus d’ennemis que ses voisins.
Pie II, après avoir imploré la protection de Dieu, dans la basilique des Saints-Apôtres , partit de Rome au mois de juin i4I>4* Atteint d’une fièvre lente , et craignant que la vue de ses infirmités ne décourageât les soldats de la croix , il dissimula ses souffrances , et recommanda à son médecin de garder le silence sur sa maladie. Sur toute sa route , le peuple adressait au ciel des prières pour le succès de son entreprise. La ville d’Ancône le reçut en triomphe et le salua comme le libérateur du monde chrétien (2).
(î) Louis XI promit au pape d’envoyer soixante-dix mille hommes contre les Turcs, si on reconnaissait les droits de René d’Anjou au royaume de Naples et de Sicile, et si Gênes était réunie à la France. Comme le pape ne fit point ce que ce prince demandait, celui-ci ne voulut plus rien faire pour la croisade.
(2) Le cardinal de Pavie et les historiens Jean-Antoine Campana et Platina, dans la vie qu’ils ont écrite du pape Pic II, et Etienne Infissura , manusc. des archives du Vatican , n°. 3 , s’accordent dans les détails qu’ils donnent sur la marche du souverain pontife jusqu’à Ancône.