LIVRE XVII
duc d’Anjou en Italie. Après avoir été couronné à ia<>8 Rome par deux cardinaux, le nouveau roi entra dans le royaume de Naples, suivi d’une armée formidable, et précédé des foudres du Saint-Siège. Les soldats de Charles portaient une croix et se battaient an nom do l’Eglise ; des prêtres exhortaient les combaltans, et leur promettaient l’expiation de leurs péchés. Mainfroi succomba dans cette guerre, qu’on appelait une guerre sainte, et perdit la couronne et la vie à la bataille de Cozence (1).
Cependant le pape, délivré des soins de cette croisade , s’occupa de celle d’outre-mer ; scs légats sollicitèrent les princes, les uns de prendre la croix , les autres d’accomplir leur serment. Clé-
(1) Cette bataille se livra le 26 février 1266, comme on peut le voir par la lettre que Charles d’Anjou écrivit au pape pour lui annoncer sa victoire. Cette lettre se trouve dans les Annales ecclesiastiques , ad ann. 1266, n°. 12.
Voici le portrait que font de Mainfroi les historiens contemporains , tels que Math. Spinelli , Ricordan , Summonlc, Collenucio, etc. :
« Ce prince était doué d’un grand courage , aimait les » arts, était généreux et avait beaucoup d’urbanité. Il était » bien fait de sa personne et d’une belle figure; mais ses » vices obscurcissaient l’éclat de ces qualités. Mainfroi me- » liait une vie dissolue. Il déshonora sa sœur , mariée au » comte de Giserte; il ne craignait ni Dieu ni les saints; il » se lia avec les Sarrasins, dont il se servit pour tyranniser » les ecclésiastiques, ets’adonnaà l’astrologie superstitieuse b des Arabes. Ce prince se vantait de sa naissance illégitime, b et disait que les grands hommes naissaient d’ordinaire b d’unions défendues. »
1268 nient ne négligea point de presser Michel Paléologue de montrer enfin la sincérité de ses promesses (1). Charles, qui s’était déclaré le vassal du pape, et qui lui devait son royaume , reçut plusieurs messages dans lesquels on lui représentait les dangers de la Terre-Sainte et ce qu’il devait à Jésus-Christ, outragé par les victoires des Musulmans. Le nouveau roi de Sicile se contenta d’envoyer un ambassadeur au sultan du Caire , et de recommander à Bibars les malheureux habitans de la Palestine. Le sultan répondit à Charles qu’il 11e rejetait point son intercession , mais que les chrétiens se détruisaient par leurs propres mains ; que personne parmi eux n’avait assez de pouvoir pour faire respecter les traités , et que le plus peut d’entreux défaisait sans cesse ce qu avait fait le plus grand. Bibars envoya à son tour des ambassadeurs auprès de Charles, moins pour suivre des négociations que pour connaître l’état et les dispositions de la chrétienté.
Le jeune Conradin s’apprêtait à disputer à Charles d’Anjou la couronne de Sicile ; pour se ménager Ions les appuis, il envoya, comme roi de Jérusalem, des députés au sultan d’Egypte, et le conjura de protéger ses droits contre son rival. Bibars chercha dans sa réponse à consoler Conradin, et vit sans doute avec joie la division parmi les princes de l'Occident.
(1) Voy. la lettre du pape Clément à Michel Paléologuc, 1 apportée par R iyualdi, ad ann. 12G7, 11". GG.