‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 192 sur 276 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

rappelait tout ce qu’avaient fait ses prédécesseurs, i4G5 tout ce qu’il avait fait lui-même pour éviter de si grands malheurs. Il accusait l’indifférence des princes et des peuples; il menaçait toute l’Europe des mêmes calamités , si elle ne se hâtait de prendre les armes contre les Turcs. Les exhortations du pape restèrent sans effet ; Scanderberg , ne rapportant avec lui que quelques sommes d’argent qu’il avait obtenues du Saint-Siège , revint dans son pays ravagé par les Ottomans ; et peu de temps après son retour, il mourut à Lissa (r), couvert de gloire , mais désespérant de la noble cause pour laquelle il avait combattu toute sa vie.

Tel fut alors l’ascendant d’un grand homme, que, sous ses drapeaux , les Grecs, depuis long-temps dégénérés , rappelèrent les plus beaux jours de la gloire militaire de la Grèce: la petite province de l’Albanie avait résisté pendant vingt années à toutes les forces de l’empire ottoman. La mort de Scanderberg jeta le désespoir parmi ses compagnons d’armes. Accourez, braves Albanais , s’écriaient-ils sur les places publiques , redoublez de

(1) Scanderberg , vaincu par Mahomet , revint en Italie et se rendit chez les Vénitiens. Il leur remit la citadelle de Croja. ( Voy. les Vies des Doges de Venise , par Sanuti et l’historien Nauclerc. ) Scanderberg projetait d’attaquer la ville de Valmore , que Mahomet avait bâtie dans l’Albanie lorsqu’il fut attaqué de la maladie dont il moprut. Il fut enterré dans la grande église de Saint-Nicolas à Lissa. (Voy. Marin Barleti, liv. xm , ch. 29. )

14G9 courage , car les remparts de F É pire et de la Macédoine sont maintenant tombés en poussière. Ces paroles étaient à-la-fois l’oraison funèbre d’un héros et celle de tout son peuple (1). Deux années furent à peine écoulées , que la plupart des villes de l’Épire tombèrent au pouvoir des Turcs ; et comme Scanderberg l’avait annoncé lui-même au pontife de Rome , il ne resta plus d’atlilètes de Jésus-Christ à l’orient de la mer Adriatique.

Toutes les entreprises contre les infidèles se bornèrent, dès-lors, à quelques expéditions maritimes des Vénitiens et des chevaliers de Rhodes. Ces expéditions ne suffisaient point pour arrêter les progrès des Ottomans. Mahomet II s’occupait toujours de l’invasion de l’Allemagne et de l’Italie. Résolu de porter un dernier coup à ses ennemis, il voulut, à l’exemple des pontifes romains, employer l’ascendant de la religion pour exciter l’enthousiasme et la bravoure des Musulmans. Au milieu d’une cérémonie solennelle, en présence du divan et du muphti, il jura (2) de renoncer a tous les plaisirs et de ne jamais détourner son visage de l’occident à l’orient , s’il ne renversait et nefouloit aux pieds de ses chevaux les dieux des nations , ces dieux

(1) Marin Barleti, ibid. , nous a transmis ces plaintes des Albanais.

(2) Ce vœu de Mahomet est rapporté dans l’ép. 379 du cardinal de Pavie , le 6 des nones du mois d’août de la a5«. année du règne de Mahomet, c’est-à-dire de l’an

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