‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 193 sur 276 · LIVRE XX. 38g · texte numérisé non relu

LIVRE XX. 38g

de bois, d’airain, d'argent, d’or et de peinture , îfao que les disciples du Christ se faisoient de leurs mains. II jura d exterminer de la face de la terre r iniquité des chrétiens , et de proclamer, du levant au couchant , la gloire du Dieu de Sabaoth et de Mahomet. Après cette déclaration menaçante , l’empereur turc invitait tous les peuples circoncis qui suivaient ses lois, à se rendre auprès de lui pour obéir au précepte de Dieu et de son prophète.

Le serment de Mahomet II fut lu dans toutes les mosquées de l’empire , à l’heure de la prière.

De toutes parts, les guerriers ottomans accoururent à Constantinople. Déjà une armée du sultan ravageait la Croatie et la Carniole- bientôt une flotte formidable sortit du canal , et vint attaquer l’ile d’Eubée ou de Négrepont , séparée par l’Euripe de la ville d’Athènes , que les historiens turcs appellent la ville ou la patrie des philosophes. A la première nouvelle du danger, le pape avait ordonné des prières publiques dans la ville de Rome.

11 alla lui-même , nu-pieds, en procession devant l'image de la Vierge ; mais le ciel, dit l’annaliste de l’Eglise , ne daigna pas exaucer les prières des chrétiens. Négrepont tomba au pouvoir des Turcs (1) ; toute la population de File fut exler-

(1) Les Turcs perdirent, dit-on , à la prise de Négrepont, quarante mille hommes. ( Voy. Phranlza , liv. 111, ch. 3o ; Philèphe, liv. X.XX11 ; et Sanuli, Vies des Doges de T enisc.

39o HISTOIRE DES CROISADES,

jjj-o minée ou traînée en esclavage. Un grand nombre de ceux qui avaient défendu leur patrie avec courage , expirèrent dans les supplices. La renommée publia en Europe les excès de la barbarie ottomane, et toutes les nations chrétiennes furent saisies d’horreur et d’effroi.

D’après les dernières victoires des Turcs, l'Allemagne devait redouter une prochaine invasion, et les côtes de lTtalie se trouvaient menacées. Le cardinal Bessarion adressa une exhortation éloquente aux Italiens , et les conjura de se réunir contre l’ennemi commun. Le pape fit tous ses efforts pour apaiser les discordes , et vint à bout de former une ligue entre les principaux Etats d’Italie (i). Ses légats allèrent solliciter les secours des rois de France et d’Angleterre. Sur sa pressante invitation (2), l’empereur Frédéric III convoqua une diète à Ratisbonne, ensuite à Nuremberg, dans laquelle on vit paraître les députés de Venise, de Sienne , de Naples , ceux de la Hongrie et de la Carniole ,

(t) La ligue fut conclue à Naples entre Ferdinand, roi de Sicile, Galéas , duc de Milan , et la république de Florence. Le pape ordonna des prières solennelles dans toutes les villes de l’état ecclésiastique et des feux de joie au commencement de la nuit , comme le prouve la lettre qu’il adressa à ce sujet au gouverneur de Bologne , le 24 décembre 1470.

(2) Les lettres adressées à l’empereur sont du 24 janvier 5471* Frédéric indique une diète à Ratisbonne pour le 8 des calendes de mai. François, cardinal de Sienne, fut envoyé comme légat pour y assister.

Page 1