LIVRE XX
» tcnce de Jésus-Christ et la virginité de sa mère ; 1 » je tuerai un chameau sur les fonts de baptême ,
» et je maudirai le sacerdoce (1). » Telles étaient les paroles que l’envie de régner mettait dans la bouche d’un prince qui allait gouverner un royaume fondé par des soldats de Jésus-Clirist. Il mourut peu de temps après avoir pris possession de l’autorité suprême. Sou peuple dut croire que les jours de son règne et de sa vie avaient été abrèges par la justice divine.
Catherine Cornaro , veuve de Jacques , appartenant à une famille vénitienne , était l’héritière de la couronne de Chypre (2). Comme la république de Venise ne négligeait aucune occasion d’augmenter ses possessions en Orient, elle fit venir en Italie la nouvelle reine, et les sollicitations du sénat et du doge obtinrent d’elle la cession de tous ses droits à file de Chypre : ainsi Venise vit sous
(0 Cette promesse de Jacques est rapportée par l’historien Gobelin, liv. vu , et par Æneas-Sylvius, Histor. Asiœ, ch. 97.
(2) Jacques III, né après la mort de son père, Jacques II, fut proclamé roi de Chypre, de Jérusalem et d’Arménie, en venant au monde. Ce prince étant mort deux ans après, la reine Catherine, sa mère, voulut faire valoir ses droits. Les Vénitiens se déclarèrent pour elle, et la maintinrent dans la possession de l'île. En 1482, la reine Charlotte fit cession de ses droits à Charles Ier., duc de Savoie, et à ses successeurs dans le même duché. De son côté, Catherine s’étant laissé attirer à Venise en 1489 , y fit donation de l’île de Chypre à la république.
4oo HISTOIRE DES CROISADES.
8 ses lois un royaume fonde' par la famille de Lusignan , et le défendit pendant près d’un siècle contre les armes des Ottomans et des Mamelucks.
L’île de Rhodes , bien plus que le royaume de Chypre, fixait alors tous les regards du monde chrétien. Cette île, défendue par les chevaliers de St.-Jean , rappelait aux fidèles le souvenir de la Terre-Sainte, et les entretenait toujours dans l’espoir de revoir un jour l’étendard de Jésus-Christ flotter sur les murs de Jérusalem. Une jeunesse guerrière accourait sans cesse de toutes les contrées de l’Occident , et faisait revivre , en quelque sorte , l’ardeur, le zèle et les exploits des premières croisades. L’ordre des Hospitaliers , fidèle à son antique institution, protégeait toujours les pèlerins qui se rendaient en Palestine, et défendait les navires chrétiens contre les attaques des Turcs, des mamelucks et des pirates. Dès le commencement de son règne , Mahomet II avait sommé le grandmaître de lui payer un tribut, comme à son souverain ; celui-ci se contenta de répondre : Nous ne devons la souveraineté de Rhodes qu’a Dieu et a nos épées. Notre devoir est d’être les ennemis et non les tributaires des Ottomans (i).
Mahomet , après avoir triomphé des Persans ,
(i) Ce fut six mois après la prise de Constantinople que Mahomet fit aux chevaliers de Rhodes cette sommation. Le grand-maître qui lui fit la réponse qu’on vient de lire c'tait Jean de Lastic, auparavant grand-prieur d’Auvergne. ( Hist. de Malte, par l’abbé de Vcrtot, liv. vt.)