‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 199 sur 276 · LIVRE XX, <oi · texte numérisé non relu

LIVRE XX, <oi

était revenu à Constantinople avec de nouveaux 14-$ projets de conquête sur l’Europe , avec une nouvelle animosité contre les chrétiens ; et tout son empire se préparait à servir son ambition et sa colère. Si les Turcs n’avaient pas jusqu’alors précipité leurs invasions dans l’Occident , c’est que la différence de religion et de mœurs leur ôtait toute communication avec les nations chrétiennes , et qu’ils ignoraient entièrement l’état et les dispositions de la chrétienté, les forces qu’on pouvait leur opposer , et même le chemin qu’ils devaient suivre. Ils apprenaient à connaître les frontières de l’Europe, ils étudiaient les côtes de la mer, épiaient les momens propices, et semblables au lion de l’Ecriture, ils rôdaient sans cesse pour chercher leur proie. Ils s’assuraient des postes avancés, et marchaient avec précaution vers le pays qu’ils voulaient conquérir, comme une armée ennemie s'approche d’une place qu’elle veut assiéger. Dans des excursions souvent répétées, ils répandaient la terreur parmi les peuples qu’ils avaient le dessein d’attaquer ; et par les ravages qu’ils exerçaient, ils affaiblissaient les moyens de résistance de leurs ennemis. Mahomet s’était d’abord rendu maître de Négrepont et de Sculari, pour dominer dans les mers de l’Archipel et dans la mer de Sicile et de Naples. D’un autre côté, plusieurs de ses armées s'étaient dirigées vers le Danube pour s’ouvrir les routes de l’Allemagne , et des troupes ottomanes avaient pénétré , le fer et la flamme à la main, jusque dans le Frioul, pour effrayer la rétome v. aG

4«>i HISTOIRE DES CROISADES.

«478 publique de Venise et reconnaître les avenues de l’Italie.

Quand tout fut prêt pour l'exécution de ses terribles desseins , le chef de l’empire ottoman résolut d’attaquer la chrétienté sur plusieurs points àla-fois. Une nombreuse armée se mit en marche pour envahir la Hongrie et toutes les contrées voisines du Danube. Deux flottes portant un grand nombre de troupes devaient se diriger , l’une contre les chevaliers de Rhodes , dont Mahomet redoutait la bravoure (1), l’autre contre les côtes de Naples , dont la conquête ouvrait les chemins de Rome et de l’Italie méridionale. Dans un si pressant danger , les espérances des Allemands et

(1) L’historien Belcairc, avant de parler de l’entreprise de Mahomet contre Vile de Rhodes , présente en ces termes l’état de l’Europe, déchirée par les divisions des princes : a Au commencement de celte année 1480, pendant que » l’empereur Frédéric reste chez lui U'anquille, consumé » par l’avarice , et n’entreprenant rien de grand; que Louis, » roi de France, dispute à Maximilien, fils de Frédéric , » les provinces de Bourgogne ; que Ferdinand, après s’être » emparé de force du royaume de Castille , essaie de sou- » mettre les princes de ce pays et le peuple qui lui est » contraire; que le pape Sixte IV , se joignant à Alphonse » de Calabre , fils de Ferdinand , roi de Naples , fait la » guerre aux Florentins; que les Vénitiens détournent en » quelque sorte Mathias, roi de Hongrie, de s’emparer de » Coritia , Mahomet, empereur des Turcs, envoie contre » Rhodes le hacha Misetcs, issu des Grecs Paléologues, et » contre Otrante, ville de la Pouille, le hacha Acomat, né » en Albanie. » (Bclc., Decacl. 1 , liv. ni , n°. 38. )

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