LIVRE XX. 4o
même d’une partie des états italiens reposaient , sur les Hongrois. Le roi de Hongrie était alors regardé comme le gardien des frontières de l’Europe, et pour être toujours en mesure de combattre les Turcs, il recevait, chaque année, des secours en argent de la république de Venise et de l’empereur d’Allemagne. Le pape ajoutait à ces secours une partie des décimes levées pour la croisade; les légats du St.-Siége avaient la mission de distribuer des indulgences aux guerriers de la Hongrie , et d’exhorter sans cesse les peuples de celte contrée à s’armer contre les ennemis des chrétiens.
A l’approche de l’armée ottomane, toute la Hongrie, gouvernée par Mathias Corvin, fils d’Hunniades , courut aux armes. L’armée hongroise rencontra les Turcs dans la Transylvanie et leur livra la bataille (i); la victoire se décida pour les chrétiens , qui , dans un seul combat , détruisirent l’armée ennemie. Les chroniques contemporaines se sont moins attachées à décrire ce terrible combat que la joie des vainqueurs après leur triomphe. L’armée victorieuse assista tout entière à un banquet préparé sur le champ de bataille , couvert de morts et tout fumant encore de carnage. Les chefs et les soldats mêlèrent leurs chants d’allégresse aux cris des blessés et des mourans, et dans l’ivresse du festin et de la victoire , formèrent des danses barbares sur les cadavres mutilés de leurs ennemis.
(i) Cette bataille fut livre'e en 1479. ( Voyee Bonfini , Decad. 4 , liv. v.)
La guerre des chrétiens et des Turcs devenait chaque jour plus cruelle, et ne présentait plus que les scènes de la barbarie et de la destruction. Les menaces de Mahomet, Je droit des gens et la foi des sermens sans cesse violés parles Turcs dans la paix comme dans la guerre ; plusieurs milliers de chrétiens condamnés à mourir dans les supplices, pour avoir défendu leur patrie et leur religion’; vingt années de combats, de périls et d’infortunes, avaient irrité la haine des soldats de la croix ; la soif de la vengeance les rendit quelquefois aussi féroces que leurs ennemis; et, dans leurs triomphes , ils oublièrent trop souvent qu’ils combattaient pour la cause de l’Evangile.
Tandis que les Turcs éprouvaient une sanglante défaite sur le Danube , la flotte de Mahomet , qui s’avançait sur l’île de Rhodes, devait trouver, dans les chevaliers de St.-Jean, des ennemis non moins intrépides et non moins redoutables que les Hongrois. Le pacha qui commandait cette expédition (i), appartenait à cette famille impériale des Paléologues dont les humbles prières avaient tant de fois sollicité les secours de l’Europe chrétienne. Ap rès la prise de Bysanee , il embrassa la religion musulmane, et ne chercha plus qu’à seconder Mahomet Il dans son projet d’exterminer la race des chrétiens en Orient.
(i) Ce pacha se nommait Miselès ; d’autres l’appellent MisaC.