‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 21 sur 276 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

Dans l’état où so trouvait l’Europe , un seul mo- iaG8 narque s’occupait sérieusement du sort des colonies chrétiennes en Asie. Le souvenir d’une terre qu’il avait habitée (1), et l’espoir de venger l’honneur des armes françaises en Egypte, dirigeaient toutes les pensées de Louis IX vers une nouvelle croisade. Cependant il cachait encore son dessein , et ce grand projet, dit un de ses historiens (2), se formait pour ainsi dire entre Dieu et lui. Louis consulta le pape, qui hésita à lui répondre, réfléchissant sur les dangers de son absence pour la France et même pour l’Europe. La première lettre de Clément (3) avait pour but de détourner le monarque français d’une si périlleuse entreprise ; consulté de nouveau , le souverain pontife n’eut plus les mêmes scrupules, et crut devoir encourager Louis IX dans son dessein , persuadé , disait-il , que ce dessein venait de Dieu.

Cependant le but de cette négociation restait toujours enseveli dans le plus profond mystère. Louis IX craignait sans doute que s’il annonçait

(1) « Il lui était avis , dit Guillaume de Nangis , qu’en le « premier pèlerinage avait grande honte et grande oppro- » bre au royaume de France. » Le père Maimbourg s’exprime ainsi sur la détermination du roi : « S. Louis, tout » grand saint qu’il était, ne pouvait empêcher qu’il lui en » restât bien du déplaisir d’avoir si mal réussi en Egypte. » (a) Ilist. de S. Louis , par Filleau de la Chaise.

(3) Voy. les lettres de Clément, dans Duchesne, épist. aGy. Ce pontife mourut le dernier de décembre 1268, et le Saint- Siège resta vacant deux ans et neuf mois.

12G8 (l’avance scs desseins , la réflexion ne nuisît à l’enthousiasme dont il avait besoin pour réussir, et qu’il ne se formât , dans sa cour et dans le royaume, une opposition puissante contre l’entreprise d’une croisade ; il pensait qu’en annonçant tout-à-coup son projet au moment de l’exécution , il frapperait davantage les esprits , et les entraînerait plus facilement à suivre son exemple. Une assemblée des barons , des seigneurs et des prélats du royaume , fut convoquée solennellement à Paris vers le milieu du carême : on n’avait point oublié dans cette convocation le fidèle Joinville ; le sénéchal pressentait , dit-il dans ses Mémoires, que Louis allait se croiser, et ce qui lui donnait ce pressentiment, c’est, qu’il avait vu en songe le roi de France revêtu d’une chasuble vermeille de sarge de Rhei/ns , ce qui signifiait la croix. Son aumônier, en lui expliquant ce songe, avait ajouté que la chasuble étant de sarge de Rhei/ns , annonçait que la croiserie serait de petit exploit.

Le vingt-troisième jour de mars, le grand parlement du royaume s’étant assemblé dans une salle du Louvre, le roi entra, portant à la main la couronne d’épines de Jésus-Christ. A cet aspect, toute l’assemblée put juger des intentions du monarque. Louis, dans un discours prononcé avec onction , représenta les malheurs de la Terre- Sainte, déclara qu’il était résolu d’aller la secourir; il exhorta ensuite tous ceux qui l’écoutaient à prendre la croix. Lorsqu’il eut cessé de parler, un morne et profond silence exprima lout-à-la-

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