‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 201 sur 276 · LIVRE XX. 4o · texte numérisé non relu

LIVRE XX. 4o

Plusieurs historiens ont raconté avec étendue j les événeraens du siège de Rhodes, et c’est peutêtre ici l’occasion de réparer une grande injustice commise envers l’un des écrivains qui nous ont précédés. Un mot échappé à l’abbé de Vertot, et dont la critique s’est armée contre lui, a suffi pour lui ravir le plus noble prix des travaux d’un historien, la réputation de véracité (i). Après avoir examiné avec quelque soin les monumens historiques qui nous restent, et d’après lesquels l’auteur de Y Histoire des Chevaliers de Malte a décrit le siège de Rhodes, nous nous plaisons à rendre hommage à l’exactitude de ses récits , et nous ne craignons point d’y renvoyer nos lecteurs. C’est dans cet historien élégant qu’il faut voir la constance héroïque de d’Aubusson , grand-maître de l’ordre de Saint-Jean, l’infatigable intrépidité de

(i) Le mot de l’abbé de Vertot n’était qu’un mot de politesse adressé à quelqu'-un qui lui offrait des documens uon dans l’intérêt de la vérité, mais dans l’intérêt de quelques familles qui voulaient que leurs noms fussent mentionnés. En effet, si les documens qu’on lui présentait intéressaient la vérité , on n’mirait eu qu’à les publier ; or , nous ne voyons pas qu’on ait rien publié sur le siège de Rhodes, qui puisse prouver que l’abbé de Vertot se soit trompé ou qu’il ait oublié quelque chose d’important. On n’a pas même essayé d’attaquer l’authenticité des faits qu’il rapporte , par une critique qui soit parvenue jusqu’à nous. Il ne nous est resté que le mol fameux , mon siège est fait , sans qu’on ait cherché à expliquer dans quel sens et à quel sujet ce mol a été dit.

4o(» HISTOIRE DES CROISADES.

1480 ses chevaliers , se défendant, au milieu des ruines, contre cent mille Ottomans armés de tout ce qu'avaient inventé l’art [des sièges et le génie de la guerre. A l'approche des Turcs , le grand-maître de Rhodes avait imploré les armes des princes chrétiens; mais tous les secours qu’on lui envoya consistèrent en quatre vaisseaux napolitains et génois, qui n'arrivèrent qu’après la levée du siège, et quelques sommes d’argent qui furent le produit d’un jubilé ordonné par le pape sur l’invitation de Louis XI. Selon les vieilles traditions, la défense de Rhodes fut signalée par des prodiges qui pouvaient rappeler lo temps des premières croisades r les Turcs virent dans le ciel une vierge vêtue de blanc, et les phalanges de la milice céleste arrivant au secours de la ville assiégée ; les prisonniers ottomans attribuèrent leur défaite à cette apparition , et dans sa relation adressée à l’empereur Frédéric (1), Pierre d’Aubusson ne dédaigna point do rapporter les miracles attestés par les infidèles.

La troisième expédition de Mahomet, et la plus importante pour ses projets de conquête , était celle qui devait se diriger contre le royaume de Naples. La flotte ottomane s'arrêta devant Otrante. Après quelques jours de s#ge , cette ville fut prise d’assaut, livrée au pillage, et sa population

(1) Cette lettre de Pierre d’Àubusson se trouve dans la collection de Freherus, Rerum gerni. script., tora. it. Guillaume de Charges et d’autres historiens ont raconté la même prodige.

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