‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 204 sur 276 · LIVRE XX. 4n · texte numérisé non relu

LIVRE XX. 4n

Cette joie , qui succéda à la terreur universelle, i/(8i peint mieux que les longs récits deTliistoire l’ambition , la fortune et la politique du héros barbare de l’islamisme. Pendant le cours de son règne, cinq pontifes s’étaient succédé sur la chaire de saint Pierre; tous avaient déployé l’ascendant de leur puissance temporelle et spirituelle pour arrêter les progrès de ses armes , et tous moururent avec la douleur de voir s’accroître et s’étendre cet empire devant qui tout l’Orient tremblait, et dont l’Occident avait sans cesse à redouter les invasions.

Les Turcs abandonnèrent Otrante (i) , et la division qui éclata entre les fils de Mahomet fit suspendre pour quelque temps les projets ou les menaces de la politique ottomane. C’est ici que nous pourrons contempler à loisir les jeux de la fortune , et que dans cette famille de conquérans

de Constantinople, le 3 mai , jour de la fête de l’Invention de la croix. Le pape, à la nouvelle de celte mort, ordonna, selon Jacques de Volaterre, une fête de trois jours, pendant lesquels les boutiques furent fermées et les tribunaux vacans. ( Liv. vu ).

(i) Sur la reprise d’Otrante, qui eut lieu le 10 septembre i48t , on peut lire la lettre du roi Ferdinand adressée au souverain pontife, datée du n , et rapportée par Jacques de Volaterre, liv. lit. Cette ville, attaquée par mer et par terre, fut opiniâtrement défendue par les Turcs ; une partie de la Macédoine leur fut aussi enlevée. (Voy. Jean Albin, De bcllo hj (Iront. ; et Malhœus Volaterre, liv. iii.)

1482 toutes les extrémités des choses humaines vont nous être données en spectacle. Le fils aîué de Mahomet ayant été proclamé sultan sous le nom de Bajazet II , son frère Gem (1) , qui régnait sur le pays d’Iconium ou la Caramanie, voulut être associé à l’empire ; il rassembla une armée pour soutenir ses prétentions ; mais vaincu par Bajazet et trahi par les siens, il fut obligé de fuir, et se réfugia dans l’ile de Rhodes. Le grand-maître , Pierre d’Aubusson , voyant tout le parti qu’on pouvait tirer d’un pareil hôte, oublia les devoirs de l’hospitalité, et ne se fit aucun scrupule de retenir en sa puissance un prince qui s’était livré à sa foi. Comme il craignait que le voisinage des Turcs ne lui permît pas long-temps de garder son prisonnier, il résolut de l’éloigner, et, sous divers prétextes, il le fit partir pour l’Occident (2).

Le prince musulman, accompagné de ses officiers et de ses serviteurs, arriva d’abord à Nice, où, selon la remarque d’une chronique (3) turque, on vojait beaucoup de belles femmes et quantité

(1) Nos historiens appellent ce prince Zezini ou Zizim.

(2) Le pape , que le grand-maître consulta , loua son dessein et écrivit au roi de France pour l’engager à recevoir Zizim. (Voy. les lettres de Sixte IV du 9 novembre et du 28 juin «482. )

(3) Les mémoires du prince Gem , manuscrit turc , ont été traduits dans la Bibliothèque des Croisades par M. Garcin dcïassy; ces mémoires, fort délaillés T oui été sans doute rédigés par quelqu’un de la suite du prince musulman.

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