‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 206 sur 276 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

chrétienté. La chronique turque rapporte que le souverain pontife prodigua au malheureux Gcm les témoignages d’une sincère amitié, et que dans une audience particulière le prince musulman et le père des chrétiens pleurèrent ensemble sur les vicissitudes de la fortune. Le dessein d’innocent VUE était d’engager le prince Gem à se rendre dans la Hongrie ; ses légats piochaient déjà la guerre sainte chez tous les peuples du Rhin , du Danube et de la Vistule. Dans une diète convoquée à Nuremberg, l’empereur Frédéric III avait proposé une expédition contre les Turcs, et le frère de Bajazet était annoncé aux soldats de la Croix comme devant précéder l’armée chrétienne sur le territoire ottoman. Le pape renouvela souvent ses instances auprès de Gem ; mais dans les misères de son exil, ce prince avait appris à dédaigner les vanités de ce monde : les sceptres , les couronnes , la victoire même, n’avaient plus de prix à ses yeux; il ne montrait plus que des sentimens de modération et de paix dont on ne pouvait tirer aucun parti. Le pontife désespérait de l’associer aux entreprises des chrétiens, lorsqu’on vit arriver à Rome l’émir Muslaplia-Aga , envoyé par Bajazet. L’empereur ottoman sollicitait l’amitié du puissant apôtre de la croyance d’Issa , et le conjurait de mettre tous ses soins à empêcher que son frère n approchât des frontières musulmanes. On ne connaît point les conditions du traité qui fut conclu alors entre le pape et le sultan ; il est probable qu’innocent VIII reçut des avantages proportionnés à l’importance tom. v. 27

ijjyj du service exigé, el que le fier Bajazet consentit à devenir le tributaire du chef de l’Église chrétienne.

Le long séjour que Geni avait fait dans le royaume de France , l’ambassade et les promesses de Bajazet, avaient tourné les pensées de la cour et du peuple vers l’Orient. Plus le chef de l’empire ottoman avait montré d’alarmes, plus on se persuadait que le moment était venu de renverser sa puissance. On ne s’entretenait à la cour de Charles VII 1 que de la conquête de la Grèce, delà délivrance de la Terre-Sainte , et c’était le frère de l’empereur turc qui devait ouvrir aux soldats chrétiens les portes de Bysance et de Jérusalem. A la même époque, le duc de Milan et plusieurs petits étals au - delà des Alpes , sans cesse occupés de troubler l’Italie, et d y appeler les armes étrangères pour accroître ou conserver leur domination, persuadèrent au roi Charles de faire valoir les droits de la maison d’Anjou sur le royaume de Naples. Leurs sollicitations et leurs promesses réveillèrent l’ambition du jeune roi , qui résolut de conquérir la Pouille et la Sicile , et proclama le dessein d’étendre ses conquêtes sur les royaumes d’Orient (i).

(i) Voyez les lettres -patentes publiées par ce roi le

sa novembre 1 4t)4 : elles sont adressées à tous les fidèles de la chrétienté. Charles y annonce qu’après avoir fait la conquête du royaume de Naples, sur lequel il a de justes droits, il ira délivrer la Grèce du joug des Turcs. (Raynaldi, ad ann. >4p4; n°- (i) 23.)

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