‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 207 sur 276 · LIVRE XX. 4i · texte numérisé non relu

LIVRE XX. 4i

La passion des armes, l’esprit de la chevalerie, 1494 et ce qui restait dans les cœurs de l’ancienne ardeur des croisades , secondèrent d’abord l’entreprise du monarque français j on fit dans tout le royaume des prières publiques et des processions pour le succès d’une expédition contre les infidèles.

Quand Charles VIII eut passé les Alpes avec son armée , tous les peuples de l’Italie le reçurent avec les démonstrations de la joie. En même temps qu’on recevait les chevaliers français comme les champions de V honneur des dames , on donnait à Charles le titre d 'envoyé de Dieu , de libérateur de F Eglise romaine et de défenseur de la foi. Tous les actes du roi tendaient à faire croire que son expédition avait pour objet la gloire et le salut de la chrétienté. Il écrivit aux évêques de France pour leur demander les décimes de la croisade. « Notre intention , leur disait-il dans' ses lettres , n’est pas seulement pour le recouvrement de notre royaume de Naples , mais est au bien de l’Italie et au recouvrement de la Terre-Sainte (1). »

Tandis qu’en-deçà et au-delà des Alpes les peuples se livraient à l’allégresse , la terreur régnait dans l’état de Naples. Alphonse s’adressait à tous scs alliés ; il implorait surtout le secours du Saint-

(1) On peut consulter sur l’expédition de Charles VIII en Italie, les Mémoires de Philippe de Comines , tom. mi de la Collection des mém. par M. Petitot , et les Mémoires de Villeneuve , tom. xiv de la même collection, pag. a 56 et suivantes.

4'io histoire des croisades,

<4q4 Siège, et, par un contraste singulier, tandis qu’il plaçait ses plus grandes espérances dans la cour de Home, il envoyait des ambassadeurs à Constantinople pour averlir Bajazet des projets de Charles VIII sur la Grèce, pour conjurer l’empereur musulman de l’aiderà défendre son royaume contre l’invasion des Français. Le successeur d’innocent, Alexandre VI, que sa politique attachait à la cause des princes d’Aragon, ne voyait pas, sans la plus vive inquiétude, la marche triomphante du roi de France , qui s’avan- •çait vers Rome sans rencontrer d’obstacles (i). En vain il appela à son secours, et les états de l’Italie, et les Musulmans maîtres delà Grèce; en vain il essaya l’ascendant de sa puissance spirituelle ; il se vit bientôt obligé de se soumettre , et d’ouvrir les portes de sa capitale à un prince qu’il regardait comme son ennemi , et qu’il avait menace lour-à-tour de la colère du ciel et de celle de Bajazet.

Ainsi la guerre que le roi de France avait juré de faire aux infidèles commençait par une victoire remportée sur le pape". Entré à Rome, Charles VIII demanda qu’on remît entre ses mains le

(i) Suivant le journal de Burchard, Alexandre VI envoya au Turc Bajazet son secrétaire Georges Bruzard , pour le prévenir que le roi de France méditait une expédition eu Grèce, et l’engager à défendre le roi de Naples contre les Français. Bruzard fut arreté à sou retour, et l’on trouva sur lui les papiers qui renfermaient toutes les propositions de l’empereur turc. La principale était qu’on se défît de Zizim. Ba jazet promettait pour ce service une grande somme d’argent. (Rayualdi , ad ann. i4£)40

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