LIVRE XX. 4a
La présence tle Gcm dans l'armée chrétienne i excitait surtout les alarmes des Ottomans ; mais la fortune avait épuisé tous ses prodiges pour la cause des Français. Le prince musulman, que le roi de France regardait comme un instrument de ses victoires futures, ne devait plus servir qu’à lui montrer l’instahilité et la fin des choses de Ja terre. Ce priuce , tombé malade à Terracine , mourut en arrivant dans la capitale de la Fouille, et, selon les expressions des Orientaux, après avoir vuidé la coupe du martyre , il alla s’abreuver dans le Jleuve de la vie éternelle (i). On accusa de cette mort le pape Alexandre VI , à qui l'empereur ottoman avait promis trois cent mille ducats d’or, s’il aidoit son frère à sortir des misères de celle vie. Nous aimons à croire que le pape se contenta de laisser faire la justice de Bajazet. ; on se rappelle que le sultan avait envoyé à Rome des ambassa-
(i) Gcm, remis au roi de France le 9.8 janvier, mourut In ‘j5 février suivant. Les uns accusèrent les Véniliensde l’avoir fait empoisonner à la sollicitation de Bajazet. D’autres prétendirent que le pape avait livré ce prince attaque' d’un poison lent. Philippe de Commines dit que le bruit courait que ce prince avait été baillé empoisonné. La relation turque des aventures de Gcm prétend qu’uu barbier, envoyé par le pape à la suite de l’armée de Charles VIII, l’empoisonna en le rasant, mais que le poison n’agit qu’avec lenteur. Burchard, dont le manuscrit n’est point favorable au pape, dit que le prince Géra mourut à Capoue des suites de son intempérance : il ajoute que les gens de la suite du prince rentrèrent ensuite dans les bonnes grâces de Bajazet.
1494 dcurs, et tout nous porte à penser que ces ambassadeurs ne restèrent point oisifs en cette occasion.
Les conquêtes de Charles VIII , qui jetaient tant d’alarmes parmi les Turcs, commençaient à causer de vives inquiétudes à plusieurs états chrétiens. Il se forma contre les Français une ligue dans laquelle entrèrent Je pape , l’empereur Maximilien , le roi d’Espagne, les principaux états de l’Italie. À l’exemple de Charles VIII, cette ligue s’annonça d’abord pour faire la guerre aux Turcs ; mais son véritable dessein ne resta pas long -temps caché, car elle sollicita l’adhésion et les secours de Bajazet. La politique, en cette occasion , ne craignit point de sacrifier des victimes chrétiennes pour cimenter une alliance avec les disciples du Coran. Les Grecs de l’Epire et du Péloponèse cherchaient à profiter de l’entreprise de Charles VIII pour secouer le joug des Ottomans. Un navire que montait l’archevêque de Durazzo , envoyé en Epire par le roi de France, et sur lequel, selon le récit de Philippe de Commines, étoient fur ce épées , boucliers et javelines , pour bailler à ceux avec qui il étoit en intelligence ,ful arresté par les V énitiens , qui envoyèrent avertir les gens du Turc aux places voisines (1). Le sénat de Venise fit arrêter les dé-
fi) On ne sera pas fâché de voir ici l’opinion de Philippe de Commines sur la puissauce de Uajazet,ct sur l’espoir qu’on, avait de la renverser. Cet historien était resté long-temps à Venise, et n’avait point cessé d’avoir des relations avec.