LIVRE XX. 4a
putes du Péloponèse et livra toute leur cor res- i pondance aux envoyés du sultan. Cinquante mille habitons de la Grèce périrent victimes de cette politique avide qui vendait ainsi la liberté et le sang des chrétiens.
D’un autre côté , l’inconstance des peuples, d’abord favorable aux armes du roi de France, et le mécontentement qu’inspire toujours la présence d’une armée victorieuse , changèrent tout-à-coup l’état des choses dans le royaume de Naples. Les Français, qui avaient été reçus avec tant d’enthousiasme , devinrent odieux $ et toutes les espérances se tournèrent vers la famille d’Aragon , qu’on avait abandonnée. Charles , au lieu de diriger ses regards vers la Grèce , les retourna vers la France. Tandis qu’il se faisait couronner empereur de Bysance et roi de Sicile, il ne songeait plus qu’à abaii-
la Grèce. « Le Turc , dit-il, ètoit aussi aisé à troubler qu’a- » voit été le roi Alphonse ,• car il étoit et est encore homme » de nulle valeur. Tant de milliers de chrétiens grecs » étoient si près de se rebeller, qu’011 ne sauroil le penser... » Tous ces pays sont albanais , esclavons et grecs, et fort » peuplés , qui apprenoient des nouvelles du roi Char- » les VIII par leurs amis qui étoient à Venise et en Pouille, » et à qui aussi ils écrivoient et n’attendoient que messages v pour se rebeller ; et y fut envoyé de par le roi un arclie- » veque de Durazzo , qui étoit Albanais... En Thessalic , » plus de cinq mille se fussent tournés , et encore se fût » pris Scutari. Ce que je savois par intelligence et par le » scigueur Constantin , prince grec, qui plusieurs jours lut » caché à Venise avec moi. »
donner ses conquêtes. C’était un singulier contraste que le spectacle qui s'offrait à-la-iois des préparatifs d’une retraite et d’une cérémonie triomphale. Lorsque la noblesse , le clergé , tous les corps de l’Etat venaient féliciter le prince victorieux, le peuple invoquait contre lui la protection du ciel , et l’armée française attendait en silence l’ordre et le signal de son départ. Le lendemain de sou couronnement, et comme s’il ne fut venu à Naples que pour celte vaine cérémonie, Charles VIII partit accompagné de l’élite de ses chevaliers, et reprit tristement le chemin de son rovaume. A son arrivée en Italie, il n’avait entendu dans sa marche que des bénédictions et des hymnes de triomphe; à son retour, il n’entendait plus que les malédictions des peuples et les menaces de ses ennemis. II avait d’abord traversé Tltalie sans combat; pour en sortir, il fut obligé de livrer une bataille , et il regarda comme une victoire la liberté qu’on lui laissa de ramener les débris de son armée au-delà des Alpes.
Ainsi se termina celte entreprise de Charles VIII, qu’on voulut d’abord présenter comme une guerre sainte, et dont les suites devinrent si funestes à la France et à l’Italie. Lorsqu’on s’occupait des préparatifs de cette guerre , il parut , comme nous l’avons dit plus haut, plusieurs écrits en prose et en vers, dans lesquels on prédisait de grandes-victoircs. Ces prédictions n’avaient pas seulement pour but d’exciter l’enthousiasme du peuple, mais d’affennir dans sou entreprise un monarque faible et