LIVRE XVII
foisla surprise, la douleur des prélats et dés ba- iaG8 rons, et leur respect pour les volontés du saint monarque (i).
Le légat du pape, cardinal de Ste.-Cécile , parla après Louis IX, et dans une exhortation pathétique, appela les guerriers français à prendre les armes contre les infidèles. Louis reçut la croix des mains du cardinal ; son exemple fut suivi par trois de ses fils. On remarquait avec attendrissement le plus jeune de ces princes, Jean, comte de Nevers, né en Egypte au milieu des calamités de la croisade précédente. Le légat du pape reçut ensuite le serment d’un grand nombre de prélats , de comtes et de barons. Parmi ceux qui prirent la croix en présence de Louis, et dans les jours qui suivirent cette prédication , l’histoire cite Jean , comte de Bretagne, Alphonse de Brienne, Thibault, roi de Navarre , le comte d’Artois , fils de ce Robert tué à Mansourah , le duc de Bourgogne , les comtes de Flandre , de St.-Pol , de la Marche , de Soissons , les seigneurs de Montmorency, de Pienne, de Nemours , etc. Les femmes montrèrent le même zèle -, la comtesse de Bretagne, Iolande de Bourgogne, la dame de Poitiers , Jeanne de Toulduse , Isabelle de France, Amicie de Courtenay, et plusieurs autres prirent la résolution de suivre leurs maris dans l’expédition d’outre -mer. Cependant
(i) Voyez sur cette assemblée les Annales de S. Louis, pag. 269 , édition du Louvre , et Geollroi de Beaulieu , thap. 58.
iaG8 la reine Marguerite, qui n’avait pas oublié ce qu’elle avait souffert à Damiette pendant la captivité de Louis IX , n’eut point le courage de prendre la croix et d’aller chercher de nouveaux périls en Orient (i); le sire de Joinville fut vivement pressé de s’enrôler sous les drapeaux de la croisade ; mais il résista à toutes les instances qu’on lui fit, alléguant les grands dommages que ses vassaux avaient soufferts pendant la première expédition. Le bon sénéchal se rappelait aussi les prédictions de son aumônier; il aurait voulu accompagner le roi, qu’il aimait sincèrement, mais il n’était point encore revenu des frayeurs qu’il avait eues en Egypte, et rien au monde ne pouvait le faire retourner dans le pays des Sarrasins.
La détermination de S. Louis, dont on avait déjà le triste pressentiment , répandit le deuil
(i) On éprouve quelque surprise de voir la reine Marguerite rester en France; on est étonné en même temps dece qu’elle ne fut point associée à la régence pendant l’absence de Louis. Cetle princesse, quoiqu’elle fût pleine de grande simplèce , ne laissait pas d’avoir quelque ambition; il nous reste un traité qu’elle avait fait signer à son (ils Philippe , par lequel ce dernier s’engageait à demeurer sous la tutelle de «a mère jusqu’à l’Age de 3o ans; à ne prendre aucun conseiller contre sa volonté, à lui révéler tous les desseins qui sc formeraient contre elle; Philippe se fit relever de ce serment par le pape Urbain IV, en i ?.()3. Ce traité singulier est rapporté par Dupuis, dans sou Traite' de la Majorité de nos Rois, et par le P. Daniel , Histoire de France, tora. iv, p. 476 , édit. in-4°.