‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 211 sur 276 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

irrésolu. Lorsqu’on lit les chants et les hymnes 1 4î>4 'des poètes, on croit voir les Français partir pour la conquête des saints lieux ; mais la scène change lorsqu’on revient à l’histoire. On peut dire qu’en cette circonstance les opinions religieuses , les senliinens de la chevalerie ne furent que les auxiliaires d’une ambition imprudente et malheureuse (1).

Au reste, cette expédition ne fut décidée ni dans le conseil des pontifes, ni même dans le conseil des rois. Au milieu des fêtes que Charles donnait à Lyon, de jeunes courtisans en conçurent tout-à-coup la pensée (2) , avides de voir choses nouvelles et de faire choses de quoi il fût parlé d’eux ; le roi, qui était lui-même sans expérience, se laissa facilement entraîner , et l’esprit aventureux qui avait provoqué la guerre fut le même qui dirigea toute l’entreprise et qui en amena les levers (3).

(1) C’est surtout à cette expédition de Naples qu’on peut appliquer ce que J. -J. Rousseau dit quelque part des croisades : U intrigue des cabinets brouillait les affaires , et la religion était le prétexte.

(2) Philippe de Commincs dit qu’Elienne Devers, sénéchal de Beaucaire, et le général Brissonnet, furent les principaux instigateurs de celte expédition de Naples que tout homme sage et raisonnable bldmoit.

(3) Quatre ans après l’expédition de Naples, une assemblée générale fut réunie à Fribourg en Brisgaw, dans laquelle un ambassadeur du roi de Hongrie sollicita les secours de l’Allemagne contre les Turcs et les Tartares qui rava-

1 4 o» La politique ou plutôt la trahison de Venise ue

l’avait point préservée de la colère de 33a jazet, qui lui déclara la guerre: les Vénitiens perdirent alors Métrone. Coron, plusieurs autres villes sur les côtes de la Grèce; le secours d’une flotte envoyée par la France et par l’îlc de Rhodes ne put les faire triompher des Turcs, qui avaient en mer deux cent soixante et dix vaisseaux. Les états de l’Europe étaient toujours divisés entre eux ; en vain Alexandre VI entreprit de rétablir la concorde (i) : la défiance qu’inspirait son ambition personnelle devait affaiblir l’autorité de scs conseils ; on ne voulut point recevoir scs légats en Allemagne ; le clergé français et le clergé de Hongrie n’écoutèrent point ses exhortations , et refusèrent de payer les décimes de la croisade (a). Il faut dire ici, à

geaient les bords de la Vistule ; les Allemands restèrent immobi.es , et laissèrent le soiu de détruire les barbares à la rigueur de l’hiver et du climat, qui en fit périr quarante mille.

(î) Alexandre VI envoya, en i499, à Venise, Jean Borgia, pour concilier les Vénitiens et les Milanais, et ceux-ci avec les Français, afin que tous se joignissent ensemble contre les ennemis de la foi. (Surit. , tom. v, liv. ni, ch. 38.) Smuti dit que dans le même temps l’empereur envoya secrètement des ambassadeurs solliciter les Turcs de tourner leurs armes contre les Vénitiens.

(a) Le clergé français brava en celle occasion les censures ecclésiastiques; et, ce qui montre la décadence du pouvoir pontifical , au moins pour ce qui regardait les croisades, une simple décision de la faculté de théologie de Paris suffit

Page 1