‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 212 sur 276 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

la louange du pontife, que la résistance des princes ■ 4o4 et des évêques n’excita jamais sa colère et ne découragea point son zèle : à la fin , il réussit à former une ligue entre la France, l’Espagne, Venise et Rhodes; cctleligue s’engageait à mettre en mer une flotte nombreuse à laquelle le pape devait joindre ses vaisseaux; Alexandre VI exhortait en même temps les Hongrois à prendre les armes, et lui-même promettait de se mettre à la tête des croisés. Enfin , dans une diète qui se tint à Metz , l’empereur Maximilien , sollicité par le pape , prit la croix et fit le serment de conduire une armée contre les infidèles. L’historien Nauclèrc parle de plusieurs prodiges qu’on aperçut alors , et qui paraissaient comme le signal et le présage d’une guerre formidable. «On voyait, dit ce chroniqueur , dans les églises, sur les places publiques, dans les maisons , des croix rouges et noires sur lesquelles se remarquaient des taches semblables à desgouttes de sang, a L’annaliste de l’Église parle de plusieurs autres prodiges qui annonçaient les volontés du ciel. « L’empereur Maximilien, ajoute-t-il, n’en fut point frappé ; car il ne s’occupa que de chercher des ennemis à la république de Venise , toujours en guerre avec les Turcs. » Pendant ce temps , les soldats de Bajazet continuaient à ravager la Hongrie et la Pologne , pénétraient dans l’Illyrie, et s’avançaient vers les frontières de l’Italie et de l’Allemagne. Tous les cf-

alors pour renverser tout l’appareil des menaces et des foudres de Rome.

43o HISTOIRE DES CROISADES.

i4gj forts du pape fuient inutiles; Alexandre VI mourut sans avoir pu diriger ni une flotte ni une armée contre l’empire ottoman.

Nous avons montré comment et par quelles causes s’était affaibli l’esprit des croisades. Vers la fin du quinzième siècle et le commencement du seizième, deux grands événemens achevèrent de détourner l’attention de l’Occident. L’Amérique venait d’être révélée à l’ancien monde (i), et les Portugais avaient doublé le cap de Bonne-Espérance. Sans doute que les progrès de la navigation , pendant les guerres saintes, avaient contribué aux découvertes de Vasco de Gama et de Christophe Colomb. Mais ces découvertes, lorsqu’elles furent une fois connues en Europe, occupèrent entièrement cet esprit entreprenant et aventureux qui avait si long-temps entretenu l’ardeur des expéditions contre les infidèles. La direction des esprits , les vues de la politique , les spéculations du commerce , tout fut changé ; et l’on vit alors la grande révolution des croisades sur son déclin , se rencontrant en quelque sorte avec la révolution nouvelle qui naissait de la découverte et de la conquête d’un nouveau monde. La première de ces révolutions avait enrichi plusieurs peuples ma*

(i) L’Amérique fut découverte en par Christophe Colomb , et plus parfaitement reconnue en 1 407» Par Améric-Vcspuce. Dans cette même année, Vasco de Gama doubla le cap de Bonne-Espérance , et s’ouvrit une route aux Indesorientales.

Page 1